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Guerre au Soudan : en pleine guerre civile, un musée virtuel ouvre pour préserver la mémoire des œuvres pillées

Il faudra patienter jusqu’à fin 2026 pour visiter en ligne la «chambre d’or» qui rassemblait les plus précieuses pièces du pays.

Capture d'écran du site du Musée national du Soudan.
Publié le 05/01/2026 à 17h05

On ne peut pas dire qu’il renaisse de ses cendres. Mais une nouvelle version du musée national de Khartoum, uniquement numérique, a vu le jour début janvier, après plusieurs mois de reconstitution patiente de ses collections, en grande partie disparues. Le bâtiment, détruit et pillé aux premiers mois de la guerre qui ravage le Soudan depuis avril 2023, accueille depuis le 1er janvier des visiteurs à cette adresse.

Ce nouveau Musée virtuel du Soudan permet de découvrir, dans un espace numérique signé par le graphiste Marcel Perrin, les pièces collectées sur les sites archéologiques de la vallée du Nil. A terme, ses salles 3D conçues à partir de plans et de photographies d’origine réuniront plus de 1 000 artefacts hérités des très anciens royaumes de Koush.

Il faudra attendre fin 2026 pour découvrir en ligne la célèbre «chambre d’or» du musée, ses bijoux et ses pièces d’or pur dévalisés par les pillards.

Sur place, il ne reste presque rien des quelque 100 000 vestiges antiques stockés depuis la construction du musée dans les années 1950 : les pillards n’ont laissé que les plus difficiles à transporter, comme la statue massive du pharaon noir Taharqa ou les fresques de temples déplacés lors de la construction du barrage d’Assouan.

A l’époque des pillages, des images satellites ont montré des camions chargés de trésors se diriger vers le Darfour, vaste région de l’ouest contrôlée par les Forces de soutien rapide. Depuis, les recherches, assistées par Interpol, n’ont donné que de maigres résultats.

«Le virtuel était la seule option», a souligné Ikhlass Abdel Latif, en charge des musées à l’Autorité des antiquités lors de la présentation du projet porté par la Section française des antiquités soudanaises (SFDAS) avec le soutien du musée du Louvre et l’université britannique de Durham.

Un musée en ligne pour contrecarrer les trafiquants d’art

«Le musée de Khartoum était la pierre angulaire de la préservation de l’héritage soudanais, les dégâts sont faramineux», mais «la version virtuelle permet de recréer les collections perdues et de garder une mémoire claire» du patrimoine, explique Faiza Drici. La chercheuse de la SFDAS a travaillé pendant plus d’un an pour reconstituer le fonds perdu dans une base de données, à partir des listes officielles fragmentaires, d’études publiées par des chercheurs ou de photographies prises lors de missions de fouilles.

Au-delà de sa valeur documentaire, le catalogue reconstitué par la SFDAS poursuit une autre mission : nourrir les avis de recherches publiés par Interpol pour contrecarrer les trafiquants d’art.

Il existe dans le monde plus de 2 000 musées virtuels, pour beaucoup développés depuis le confinement lié à l’épidémie de coronavirus. Comme celui de Khartoum, le musée de Mossoul, en Irak, fermé puis pillé par les combattants de l’Etat islamique, ne se visite qu’en ligne.

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