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Mobilisation

Les intervenants des musées parisiens se mettent en grève pour protester contre de trop faibles rémunérations

Ces professionnels qui interviennent dans les quatorze établissements de la capitale se mobilisent depuis le mardi 4 novembre pour réclamer une augmentation salariale.

Pendant un rassemblement de guide-conférenciers de Paris Musée, devant l'hôtel de ville de Paris, le 23 septembre. (Clément Martin/Hans Lucas)
Publié le 06/11/2025 à 10h19

Ils ont l’habitude d’arpenter Paris, allant de musée en musée pour parler d’art. Aujourd’hui, ils dérogent un peu à la règle et s’y rendent pour alerter sur leurs conditions de travail. Une petite trentaine de guides-conférenciers, conteurs et plasticiens chargés d’intervenir auprès du public dans les quatorze musées de la ville de Paris (Petit Palais, Musée Carnavalet, Galliera..) se sont mis en grève depuis le mardi 4 novembre et jusqu’à la fin de la semaine pour protester contre un salaire trop modeste et quasiment gelé depuis des années – passé de 13 à 14 euros net de l’heure entre 2008 et 2024.

Ces professionnels se sont déjà mobilisés durant l’été, puis lors des Journées européennes du patrimoine en septembre, suite à quoi Paris Musée – organisme public en charge de ces institutions culturelles – a concédé une augmentation salariale de 16 %. Mais les intervenants estiment que cela est «très insuffisant au regard de [leur] longue expérience et de [leurs] qualifications» et réclament une hausse d’au moins 50 %. Ils ont également lancé une pétition durant l’été qui a recueilli 1 190 signatures.

Un poste clé des musées

«J’ai bientôt 50 ans et je suis payée 1 540 euros, le même salaire que lorsque j’ai commencé», relate Marie (1), intervenante au sein d’un musée parisien en poste depuis une vingtaine d’années et mobilisée cette semaine. Elle estime que le temps de préparation de ses visites guidées – «qui représente 50 % de mon temps de travail total», dit-elle – est sous-estimé.

Ces préparatifs en amont sont importants car «nous devons être capables de nous adresser tant à des personnes en situation de handicap, qu’à des scolaires, des visiteurs âgés et des publics éloignées de la culture…» poursuit Marie. Il y a quelques mois, celle-ci est par exemple intervenue auprès de détenus de la prison de Fleury-Mérogis.

Interrogée, la direction de Paris Musée assure au contraire que ce temps de travail supplémentaire est bien compris dans la rémunération des intervenants, et souligne que des primes sont aussi versées ponctuellement. «Les négociations [salariales] sont closes», poursuit Paris Musée, qui s’engage «à réexaminer la rémunération des intervenants dans trois ans». La direction dit aussi avoir proposé «aux intervenants de passer plus facilement à un temps complet» – la grande majorité d’entre eux étant à 70 % d’un temps complet.

Mobilisation de longue date

En 2008 déjà, ces agents alors vacataires s’étaient mobilisés pour être contractualisés, la ville de Paris – dont dépend Paris Musée – avait alors créé 42 postes. Il n’en reste aujourd’hui que 28. «Cela a permis de faire des économies», souligne Marie, et pourtant, «il n’y a pas eu d’augmentation salariale à cette occasion».

Paris Musée a commandé un audit pour la somme de 90 000 euros en 2023, afin d’évaluer «la médiation humaine des intervenants». Mais ceux-ci estiment que les conclusions de cette étude n’ont rien amené de neuf et n’ont pas permis d’améliorer leurs conditions de travail. «Nous avons suggéré à la direction de Paris Musée de venir voir comment nous travaillions, ils ont refusé», se souvient Marie. La direction ne souhaitant pas négocier, les agents vont continuer de mener des actions de sensibilisation sur leurs lieux de travail tout au long de la semaine.

(1) Le prénom a été modifié.

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