Une disparition aussi spectaculaire que le braquage fut rapide et les arrestations, diligentes. Trois mois après le casse du Louvre, les quatre membres présumés du commando sont sous les verrous, les bijoux toujours introuvables et le plus grand musée du monde se débat dans une crise sans précédent. Dans un coffre à l’étranger, une planque en France ou même au fond de la Seine ? Le mystère reste entier sur le devenir des joyaux de la Couronne, estimés à 88 millions d’euros et dérobés sous les yeux du monde entier.
Depuis fin novembre, l’ensemble des quatre membres présumés du commando dorment derrière les barreaux, tandis que la compagne de l’un d’eux, considérée comme leur complice, est désormais libre sous contrôle judiciaire. Ces trentenaires, pour certains presque quarantenaires, sont entendus depuis la mi-janvier par les juges d’instruction.
Audition
Ils ont des profils qui ne correspondent pas à ceux «que, généralement on associe au haut du spectre de la criminalité organisée», commentait la procureure de Paris Laure Beccuau lors de leur mise en examen. Location et vol de la nacelle, choix d’un horaire matinal où tout se met en route au niveau du musée : «Les faits ont été précédés d’une réelle préparation», explique-t-elle dans un entretien à l’AFP. «Après, dans la fuite des malfaiteurs, il y a un moment où l’on sent qu’il y a une forme de stress, sans doute, dans l’accomplissement des faits, qui fait qu’ils vont laisser tomber les bijoux et qu’ils vont aussi laisser des traces ADN. Tout cela joue en faveur des enquêteurs», note-t-elle.
Pas si branquignolles
Deux suspects ont été confondus par de l’ADN retrouvé au Louvre ou sur la nacelle ; le troisième par un scooter identifié sur les caméras puis surveillé, et sur lequel de l’ADN a parlé. Le quatrième homme, soupçonné d’avoir positionné la nacelle sous les fenêtres de la galerie d’Apollon, a lui été identifié via «des recoupements et des investigations».
Si certains observateurs ont pu présenter les malfaiteurs comme des «bras cassés», en raison de l’ADN laissé ou de la couronne de l’impératrice Eugénie tombée dans leur fuite, une source proche du dossier, assure qu’ils ne sont «pas si branquignolles que cela». «Ils avaient mis leurs scooters et le matériel dans des boxes, et avaient démonté la vidéo surveillance», observe-t-elle.
CheckNews
L’opération elle-même, en se faisant passer pour des ouvriers en gilet jaune, sur une nacelle élévatrice, a été bouclée en huit minutes, sans effusion de sang. «Après le casse, un véhicule relais a pris la direction des Yvelines pour perdre les enquêteurs en allant dans une zone non couverte par les caméras, avant de revenir en Seine-Saint-Denis. Ils ne se sont plus appelés ensuite et ont repris leurs activités comme si de rien n’était», selon cette source.
Le dossier reste «évidemment sensible et prioritaire, puisqu’on reste avec l’objectif essentiel de retrouver des bijoux», pointe Laure Beccuau, qui souligne que les enquêteurs n’ont «pas de signaux qui nous disent que les bijoux sont susceptibles d’avoir franchi la frontière. Nous avons encore des chances d’explorer des pistes au niveau national. Tout est possible», ajoute-t-elle. «Nous n’avons pas dit notre dernier mot. Ça prendra le temps qu’il faudra.»
Crise profonde
Le casse du 19 octobre a plongé le Louvre dans une profonde crise, aggravée par la mise au jour d’audits qui avaient alerté sur les défaillances sécuritaires dès 2017 mais sont restés globalement sans suite. Sous pression, la présidente du Louvre Laurence des Cars a dû admettre «la désorganisation» du musée sur les questions de sécurité et annoncer des mesures d’urgence, dont la pose d’une grille de protection sur la porte-fenêtre empruntée par les cambrioleurs et qui en avait été retirée en 2003-2004.
Selon l’enquête administrative, les voleurs auraient pu être arrêtés «à trente secondes près» : une caméra extérieure a «bien filmé l’arrivée des voleurs, l’installation de la nacelle, la montée des deux voleurs jusqu’au balcon et, quelques minutes plus tard, leur départ précipité», ont précisé ses auteurs, auditionnés devant le Sénat. Mais ces images n’ont pas été regardées en direct par les agents de sécurité.
Le casse a également réveillé le grand malaise des personnels qui ont lancé un mouvement de grève mi-décembre, contraignant le musée à rester fermé pendant deux journées ou à ouvrir partiellement ses espaces faute d’agents suffisants.




