A l’âge de 38 ans, l’artiste Sheila Hicks avait déjà vécu assez de vies pour rendre impérieuse, mais aussi un brin ardue, la tâche de les raconter. Qui pour rassembler les fils frisés d’études à Yale sous Josef Albers, de séjours au Mexique à s’initier au tissage traditionnel, de commandes prestigieuses pour la Ford Foundation de New York ? Une seule personne, à côté de qui l’artiste s’est retrouvée assise par hasard lors d’un dîner à Paris. Sheila Hicks ne savait pas du tout qui elle était, mais sa voisine de table connaissait l’endroit où elle était née (le Nebraska) et les deux femmes partageaient une carrière et une curiosité liées aux savoirs textiles. Ce soir-là commença autour de la table à s’embobiner une pelote d’admiration réciproque qui fut nourrie au fil des ans par des voyages, des conversations, et, en 1973, par une monographie signée de Monique Lévi-Strauss, historienne du textile et femme de Claude, la toute première consacrée à l’Américaine.
Depuis, Sheila Hicks est devenue l’artiste textile mondialement connue que l’on sait, exposée à la Biennale de Ve




