«L’inceste est la texture de ma vie» : un homme seul parle sur une scène blanche comme une page vide, les bras ballants, le verbe bas, et le sourire du désastre directement adressé aux spectateurs. Eddy D’aranjo, à la fois écrivain, metteur en scène et acteur de cet Œdipe largement reconfiguré, joue pendant quelque quatre heures un spectacle qui prend tout – mythe, réel, langue, image – pour tisser une grande œuvre à la fois douce et rêche. C’est qu’il faut, pour représenter l’inceste, coudre ensemble le théâtre antique, la psychanalyse moderne, les sciences sociales, la performance et la littérature, et surtout prendre soin de laisser les coutures et les accrocs visibles ; à cette condition seulement, le spectateur pourra voir. De fait, on est assailli par ce spectacle hybride qui a quelque chose de cérébral et d’immature à la fois, et qui, pour peu qu’on lui résiste, abat bien de nos réticences, à force de beauté.
Le premier tour du spectacle consiste à escamoter la pièce de Sophocle sous la matière autobiographique. En fait de Thèbes, nous sommes en Picardie dans la maison d’Eddy D’aranjo, figurée seulement d’abord par une mac




