Quelques secondes volées, vendredi, à trois touristes en goguette au 5e de Pompidou, où une partie de la manifestation «BD à tous les étages» était déjà accessible au public. Elles s’arrêtent devant Ten Lizes, se photographient devant Elizabeth Taylor photographiée par Warhol, avant de regarder ce qu’il y a autour : un Rothko à droite, un Catherine Meurisse à gauche, extrait de la Légèreté où l’académicienne dit s’accrocher, peu après l’attentat contre Charlie, à un ciel qui pleut «de l’or sur l’horizon irisé, comme dans un tableau de Rothko». Avant de reprendre leur déambulation, les visiteuses s’arrêtent une dizaine de secondes devant chaque œuvre. Pas plus pas moins, observées toutes deux sur un pied d’égalité. Au milieu de la collection permanente, la présence de planches de BD n’interroge pas et ne semble appeler aucun commentaire particulier. Parce que les murs de Pompidou font autorité – quel visiteur irait contester à une œuvre le droit d’être là ? Parce que l’accrochage est pensé comme une mise en situation des jeux d’irrigation et de résonance et non comme un plaidoyer ou un réquisitoire pour la bande dessinée. Parce que la question de la reconnaissance du neuvième art, en vérité, ne se pose plus. Ce serait aller dans le mur que d’imaginer que Beaubourg fait entrer la bande dessinée au musée ou lui donne ses lettres de noblesse. Sans même s’attarder sur la question du commerce (75 millions de titres neufs vendus l’an dernier en France, ce qui en fait le deuxième pilier du livre après la littérature), il ne se passe pas un jour en France sans qu’elle soit exposée. A Paris, à Angoulême, Bordeaux, Bastia ou Aix, en festivals, musées, galeries, parc d’exposition et MJC. Le caractère exceptionnel de ce qui est donné à voir et vivre (à travers nombre d’ateliers) jusqu’en novembre à Pompidou tient à la largeur du spectre ici convoqué : la bande dessinée captée dans l’ensemble de ses tressaillements. «Everything everywhere all at once», pour reprendre le titre d’un film récemment oscarisé.
Edito
Bande dessinée : au centre Pompidou, c’est tout, partout, tout à la fois
Ni plaidoyer ni réquisitoire pour la BD, qui n’en a pas besoin, l’événement organisé par Beaubourg est exceptionnel par la quantité vertigineuse d’œuvres qu’il donne à voir.
«Corto Maltese. La Jeunesse». (Image 1985 Cong S.A. Suisse - Tous droits réservés)
Publié le 27/05/2024 à 20h39
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