Il est le passeur, celui par qui Willem est arrivé à Libération : Bayon, totem maison, héraut du service Culture, nous raconte l’affaire tandis qu’on marche à ses côtés, dimanche, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, de la rue Germain-Pilon où Willem avait son atelier, à la rue Christiani où l’alliance avec Libé a commencé.
Quand Willem est-il entré à Libé ?
Personne ne sait plus trop, quarante ans après. Mais sous la torture, ma mémoire amnésique me restitue tant bien que mal deux ou trois choses… D’abord le contexte étrange, celui de la refondation-normalisation du journal gauchiste, en 1981 : ce suicide façon secte du Temple solaire rue de Lorraine où on décide de l’arrêt du journal à main levée, rite auquel je me suis décemment dérobé. Puis l’arrêt de trois mois et quelques, de glandage – littéral pour moi, à Aix-en-Provence. Et la reprise qui coïncide avec le déménagement, 9 rue Christiani.
Avec Willem.
Pas si vite. Dans ce cadre un peu effervescent, de réinvention, mais en réalité depuis longtemps, je rêvais à Willem. Notamment avec le camarade keupon Phil Casoar, lui-même dessinateur et journaliste en vue au magazine «nouveau et intéressant» Actuel ; Phil, qui frayait avec la bande des Trois Portes à Maubert, le siège de Charlie. Nous admirions ensemble les planches couleurs méconnues de Willem dans Hara-Kiri Mensuel, outre ses dessins, ses albums, son esprit saugrenu, son trait, sa profusion,




