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BD : le festival d’Angoulême va revoir la sélection de son futur organisateur, l’actuel délégataire 9eArt + écarté

L’événement, empêtré dans vive une polémique, a annoncé ce jeudi 13 novembre changer de stratégie pour choisir la prochaine structure organisatrice après 2027.

Lors de la 52e édition du festival de la BD d'Angoulême, le 31 janvier 2025. (Romain Perrocheau/AFP)
Publié le 13/11/2025 à 10h10

L’appel au boycott des professionnels de la BD a fait plier l’association propriétaire du festival d’Angoulême, qui a annoncé ce jeudi 13 novembre un nouveau processus de sélection pour le choix du futur organisateur de l’événement. De quoi écarter l’actuel délégataire 9eArt +, et son patron Franck Bondoux, qui étaient sous le feu des critiques.

De nombreux auteurs et éditeurs de bande dessinée avaient menacé de ne pas participer ) l’édition 2026 du festival, après le choix samedi de l’association de demander un «rapprochement» entre les deux derniers candidats retenus pour son organisation à partir de 2028, à savoir 9eArt + et la Cité Internationale de la Bande dessinée et de l’Image (CIBDI), établissement public qui abrite le musée de la BD.

Cette décision n’avait pas permis d’éteindre le feu, et, au contraire, n’a «manifestement pas recueilli l’assentiment des parties prenantes de l’événement», constate, dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, l’association du festival d’Angoulême. En conséquence, celle-ci «décide de rendre caducs les résultats de l’appel à concurrence» et «atteste que 9eArt+ ne sera pas reconduit au-delà» de son contrat actuel, expirant en 2027.

L’association va donc «constituer un comité de pilotage destiné à lancer un nouveau processus de sélection», «composé de représentants de l’Association FIBD, des financeurs publics, des professionnels du secteur». Mis sur pied pour le 18 décembre, il devra notamment «définir les orientations stratégiques et les priorités liées au prochain appel d’offres», dont les résultats seront proclamés le 18 juin prochain, précise l’association.

Accusations d’opacité financière et «dérives» mercantiles

En attendant, la 53e édition de l’événement, qui doit se tenir du 29 janvier au 1er février, sera particulièrement scrutée. «Le Festival de la bande dessinée d’Angoulême est en danger de mort», avaient alerté, dans une tribune publiée par l’Humanité lundi 10 novembre, 22 lauréats du Grand prix, récompense suprême du festival, parmi lesquels Riad Sattouf, Lewis Trondheim, Posy Simmonds, Jacques Tardi, Art Spiegelmann ou la lauréate 2025 Anouk Ricard. «Il est grand temps de tourner la page 9eArt+ pour que le Festival retrouve, avec de nouveaux opérateurs, les valeurs qui ont construit sa notoriété internationale», ont ajouté les auteurs.

Le festival de BD d’Angoulême, créé en 1974, est organisé par 9eArt + depuis 2007. Sa dernière édition, en début d’année, avait été marquée par une virulente mise en cause de cette société privée, accusée dans l’Humanité magazine d’opacité financière, de «dérives» mercantiles et d’avoir licencié une salariée, en 2024, qui venait de porter plainte pour un viol survenu en marge du festival. Une information judiciaire est ouverte sur ces faits et la jeune femme conteste son licenciement pour «faute grave» - l’entreprise lui reproche un «comportement incompatible» avec son image - devant les prud’hommes.

Au printemps, sous la pression des financeurs publics du festival, soit l’État et les collectivités locales, et d’un appel au boycott signé par des auteurs comme Luz ou Fabcaro, l’association du Festival d’Angoulême avait mis fin au contrat de 9eArt +, ouvrant à la concurrence l’organisation de l’événement à partir de 2028. Et en juillet dernier, le délégataire historique avait annoncé le retrait à cet horizon de son directeur décrié, Franck Bondoux, accusé de management toxique, sans renoncer à candidater à l’appel à projets.

Lors d’une réunion qui a eu lieu lundi 10 novembre entre la mairie d’Angoulême, l’agglomération et la région Nouvelle-Aquitaine, une vingtaine d’éditeurs avaient également exprimé leur volonté de «voir Franck Bondoux partir», et «pour certains dès maintenant», comme l’a formulé mardi à l’AFP le maire d’Angoulême Xavier Bonnefont (divers droite), également président de l’intercommunalité. Selon lui, d’autres réunions, entre juristes des financeurs, entre politiques et avec l’association sont prévues dans la semaine.

Les éditeurs attendent «une clarification», «une reprise en main des collectivités», et demandent «que la suite se fasse sans 9eArt + et Franck Bondoux», avait ajouté Frédéric Vilcocq, le conseiller culture de la région Nouvelle-Aquitaine.

Par le passé, le festival avait déjà connu des coups de mou, comme en 2016, lorsque les éditeurs avaient menacé de boycotter l’édition suivante, si une «refonte radicale» de l’événement n’était «pas mise en œuvre dans les meilleurs délais».

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