«Nous vous informons que la production de l’édition 2026 du festival d’Angoulême est, à ce jour, mise à l’arrêt.» C’est par ce message adressé aux partenaires du Festival d’Angoulême, et révélé par le Monde, que son organisateur, la société 9eArt + semble enfin reconnaître l’inévitable : le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême n’aura pas lieu en 2026. Libération s’était permis de l’écrire il y a une semaine. Pas parce que le journal sait lire dans les astres. Mais parce qu’en décidant, collégialement, le 18 novembre, de ne pas se rendre à la prochaine édition, les grands éditeurs de bande dessinée rendaient la tenue de l’événement impossible. Le boycott des artistes et des éditeurs indépendants transformait l’édition 2026 en gouffre financier. Celui des grandes maisons d’un coup le rendait économiquement insoutenable. C’est en vertu de cette équation-là que l’un des deux directeurs artistiques du festival s’était ouvert à Libération pour expliquer, sans détour, que la décision du Syndicat national de l’édition (SNE) conduisait immanquablement à l’«annulation» – «le festival a beau avoir le cuir dur, cette annulation de l’édition 2026 pourrait bien signifier sa disparition définitive».
La société 9eArt + a eu beau se fendre rapidement d’un démenti, il était suivi une heure plus tard d’un communiqué du SNE qui ne laissait guère place au doute, les éditeurs estimant «que l’édition 2026 ne pourra plus se tenir». C’est la même logique arithmétique qui a poussé les collectivités locales, le 20 novembre, à demander aux organisateurs du festival (la société 9eArt + et l’association du FIBD) de «tirer les conclusions que cette réalité impose» et «d’annuler l’édition 2026».
Depuis, c’était silence radio côté organisateurs. Il y a bien eu un communiqué des employés de 9eArt + appelant à davantage de civilité. «Certains propos diffusés ces derniers jours ont dépassé le cadre de la critique. Des mots ont été employés – sexistes, racistes, validistes, LGBTphobes, etc. – qui dépassent le désaccord et ont profondément blessé les équipes.» Mais la direction, elle, est restée silencieuse. La prise de parole était certes difficile. Pour la SARL 9eArt + acter l’annulation de l’édition 2026 revient peu ou prou à se saborder. Pour la présidente de l’association du FIBD, Delphine Groux, enterrer 2026 revient à entériner publiquement qu’elle ne contrôle plus rien.
Dans les faits, c’est déjà le cas. En coulisses, éditeurs, auteurs et financeurs publics discutent déjà sans eux au sein de l’ADBDA, association chargée de poser le cadre des futures manifestations. Le maire, les présidents de la région et du département ont encouragé l’industrie à concentrer ses efforts sur une édition 2027 repensée autour d’une nouvelle équipe. Toute l’industrie a déjà les yeux ailleurs.
Mais, contacté par le Monde, 9eArt + assure qu’«aucune décision n’a été prise de la part de l’organisation» et que «la mise à l’arrêt» de la production ne signifie pas une «annulation». On peut jouer avec les mots, prolonger la période de déni. Ou souligner que ce message de renoncement est adressé aux partenaires économiques du festival plutôt qu’aux artistes, aux éditeurs ou aux amateurs de bande dessinée. Tout un symbole de la déconnexion des organisateurs du Festival d’Angoulême.




