Un nouveau festival d’Angoulême se dessine sous nos yeux. Les premiers traits ont été présentés ce vendredi matin : une gouvernance renouvelée, un cahier des charges repensé et même un premier calendrier. Qu’ils soient assis autour de la grande table de l’hôtel de ville d’Angoulême ou dans leur atelier en visioconférence, des représentants des auteurs, des éditeurs et des collectivités locales se sont succédé pour faire le point sur la nouvelle structure chargée de préparer l’avenir. Quelques semaines après avoir frôlé le chaos, après un mouvement de boycott qui a contraint à l’annulation de l’édition 2026 et chassé les précédents organisateurs, la situation semble revenue sous contrôle. Les mots d’ordre sont clairs et unanimes : «optimisme», «exigence», «transparence».
Ce vendredi marquait le premier jour des nouveaux statuts de l’Association pour le développement de la BD à Angoulême (ADBDA). La première pierre du nouvel édifice. Créée à l’initiative du ministère de la Culture au terme de la crise qui avait secoué le festival il y a dix ans, la structure n’était jusqu’alors qu’un espace de dialogue interprofessionnel, destiné à prévenir les crises. «C’était une petite association sans administration, assez souple mais de taille réduite, explique son président, David Caméo. Elle devient aujourd’hui un lieu de gouvernance.» Au plus grave de la crise de novembre, l’ADBDA s’était élargie de façon ad hoc pour devenir le dernier canal d’échanges entre auteurs, éditeurs et pouvoirs publics où s’est esquissée une sortie de crise. Pour envisager un avenir au festival Angoulême sans ses organisateurs.
Eviter une stratégie «d’accaparement»
C’est cette institution retaillée en urgence qui se voit maintenant chargée «d’organiser toute manifestation relative à la bande dessinée sur le territoire d’Angoulême et d’en assurer le rayonnement». Et si ses statuts l’autorisent à «confier, à la suite d’une procédure transparente, la gestion à une structure professionnelle extérieure», c’est l’ADBDA qui restera propriétaire de la nouvelle marque.
«On parle bien d’un autre événement bande dessinée, d’un nouvel événement», insiste le maire d’Angoulême (affilié Horizons), Xavier Bonnefont. Car le Festival international de la bande dessinée (FIBD) a vécu. La nouvelle manifestation devra se trouver un autre nom, un nouveau logo, de nouveaux prix (obligatoirement dotés, cette fois) «qui resteront la propriété de l’ADBDA». Pour éviter toute stratégie «d’accaparement», que nombre d’acteurs de la bande dessinée ont reproché au précédent gestionnaire, 9eArt+.
Profondément remaniée et étendue, la composition de l’ADBDA compte dorénavant 40 membres en assemblée générale et 20 en comité d’administration – six représentants des partenaires publics, six des auteurs et autrices, six des éditeurs, les deux derniers sièges revenant aux structures locales (comme la Cité de la bande dessinée ou le pôle Magelis). Autrefois surreprésentées, avec neuf des quatorze sièges (contre un seul pour les auteurs et autrices), les collectivités territoriales seront minoritaires dans la nouvelle association. Au point qu’aucun de leur représentant ne pourra être élu par l’assemblée générale aux postes de président, vice-président et trésorier (encore à pourvoir).
«C’est extrêmement positif pour l’avenir»
Par ses structures mêmes, l’ADBDA semble viser à assurer une coconstruction durable du nouveau festival en impliquant les acteurs du secteur. «On a longtemps parlé de bien commun à propos du festival d’Angoulême. Aujourd’hui, on le construit, explique ainsi l’auteur Denis Bajram, représentant des Etats généraux de la bande dessinée. J’ai rarement vu une telle bonne volonté dans le champ syndical. On reste bien sûr attentif et prudent, mais c’est extrêmement positif pour l’avenir.» Même son de cloche du côté du Syndicat national de l’édition (SNE, les gros éditeurs), par la voix de sa représentante, Laura Baron, qui célèbre «la qualité des échanges».
Et puis revient la question qui fâche : quid de l’Association du Festival international de la bande dessinée, qui jusqu’alors jouait ce rôle de gouvernance ? «Elle n’était pas membre de l’ancienne ADBDA, elle ne l’est pas davantage aujourd’hui», répond prudemment David Caméo qui n’écarte pas «d’ouvrir la porte» aux héritiers des fondateurs du festival d’Angoulême, «s’ils venaient à en faire la demande».
Un cahier des charges et un calendrier pour 2027
Montée au pas de course, la nouvelle association a déjà établi les grandes lignes du cahier des charges que devra remplir le futur opérateur. Il faudra une ambition internationale pour réinstaller Angoulême comme «capitale mondiale» de la BD, mais aussi et surtout («c’est un point absolument névralgique», insiste le président) faire montre d’une connaissance extrêmement précise de la bande dessinée et de ses métiers – dessinateurs, scénaristes, éditeurs, mais aussi coloristes, traducteurs… En creux, revient ce reproche souvent entendu contre l’ancien opérateur, Franck Bondoux, suspecté par le milieu de n’avoir jamais lu une BD et de n’en avoir rien à fiche. L’ADBDA assure également qu’elle veillera à la qualité des expositions, à la bonne collaboration avec les autres acteurs du territoire (pour mettre un terme à la vieille rivalité entre le festival et la Cité de la BD) et à la bonne tenue d’un marché des droits afin que la manifestation reste un salon professionnel. Enfin, l’association insiste sur l’importance du respect des règles de la responsabilité sociétale des entreprises et de la lutte contre les violences. On imagine qu’il s’agissait là plus particulièrement des violences sexistes et sexuelles, enjeu non négociable pour les collectifs et les organisations d’auteurices.
David Caméo promet aussi que les candidats disposeront d’une marge de manœuvre. Pour éventuellement investir de nouveaux lieux, voire reconsidérer le calendrier de l’événement qui pourrait s’étendre sur une semaine (contre quatre jours aujourd’hui). La question des dates du festival semble également sujette à discussion, notamment pour l’édition 2027 qui pourrait glisser en février, voire en mars. La durée du contrat liant le futur opérateur à l’ADBDA se voit réduite à cinq ans, avec une année supplémentaire possible par avenant. Un jury représentatif de l’association (encore à déterminer) sera chargé d’entendre les candidats.
Dépôt des candidatures
La représentante du Syndicat national de l’édition a précisé que le dossier présenté l’an dernier par Paris Livres événements (filiale du SNE), lors du précédent appel à projets, ne serait pas renouvelé puisque le SNE ne saurait être juge et partie. Sans écarter une éventuelle candidature de la Cité de la BD, le maire d’Angoulême a rappelé que «sa nature d’établissement public de coopération culturelle l’obligeait à faire évaluer toute démarche par son conseil d’administration où siègent le département, la ville, la région et l’Etat». Interrogé sur la possibilité d’une nouvelle candidature de la SARL 9eArt+, chassée par la crise de cet hiver, Xavier Bonnefont s’est contenté d’un prudent : «On est en république, rien ne l’en empêche.» Refusant de s’étendre sur d’éventuelles tensions avec 9eArt+, légalement toujours en charge de l’édition 2027, le président de l’ADBDA s’est contenté de dire que «pour l’instant il n’y a pas de retour sur un éventuel contentieux juridique».
Huit semaines après l’effondrement des structures du Festival international de la bande dessinée qui a conduit à l’annulation de l’édition 2026, l’ensemble des acteurs de la filière semblent déterminés à tout faire pour qu’un nouvel Angoulême puisse voir le jour l’an prochain. Un premier calendrier est déjà en place. Le dépôt des candidatures pour l’appel à projets est prévu pour le 12 mars. Les dossiers seront examinés du 16 mars jusqu’au 3 avril. Avec pour objectif de dévoiler le nom du futur opérateur mi-avril.




