Sa silhouette ressemble à un fruit trop mûr, un raisin gâté. Son visage à une caverne, une concrétion calcaire aux innombrables plis. Vieille, c’est la personne au pas lent et mal habile qui vous gêne dans la rue quand vous êtes pressé. La dame qui vous passe devant dans la file du supermarché et lâche un petit pet pour vous faire payer votre jeunesse ostentatoire. C’est la femme seule dont vous croisez le regard au resto et dont la solitude fait peine à voir. Vieille, elle vous emmerde, vous et votre compassion pourrie. Elle aussi, elle était jeune il n’y a pas si longtemps.
La protagoniste sans nom de Vieille est semblable au trait de son autrice, Delphine Panique : une petite chose fragile et tempétueuse. Formidable créatrice de bandes dessinées qu’elle assemble à partir d’un trait régulier et synthétique, surmonté de quelques points et lignes conférant de la densité, Panique soumet ici ses lignes drôles et aériennes à une gravité nouvelle. Tout tombe, dégouline, bourrelette dans ce onzième ouvrage, parmi les plus réussis de la Toulousaine.
Les actifs et les chairs molles
Composés comme une succession de tirades intérieures lancées dans un bus ou sur ce fauteuil où elle prend racine, les récits courts de Vieille dessinent l’état de guerre permanent qui agite cette dame sans autre identité que son âge. Il y a ce conflit entre les corps fermes des actifs hyperactifs qui font tourner le monde et les chairs molles de ses semblables expédiés à la périphérie. Il y a la lutte de son corps à elle, p




