«Je suis tombé amoureux du cinéma parce que c’était le seul endroit où je pouvais pleurer», dit la voix de Theo Montoya, jeune cinéaste colombien, quelque part au début de son film. Cet aveu nous annonce surtout qu’on n’est pas prêts pour ce qui suit : chaque parole, chaque image, sera à son tour une telle formule d’émotion, d’amour et de rage concentrés. Voici donc Anhell69, essai hybride, fiction trans, n’appartenant à rien sauf au genre sublime, un premier long qui devrait passer dans l’histoire, s’il en reste une («tout ce concept de futur me paraît être une illusion», dira plus tard une figure au miroir), comme un des fleurons du gothique queer, ce courant souterrain du cinéma mondial.
«Nada me mueve», «rien ne m’émeut», souffle dans un sourire Camilo Najar, alias sur Instagram Anhell69 (contraction d’ange et d’enfer), à la caméra de Montoya pendant le casting. Sa mort, une semaine plus tard, avant de savoir qu’il avait été choisi pour le rôle, compromet le projet – un brûlot fantastique où, dans un Medellín dystopique, les «spectrophiles» réclament le droit de vivre (et de coucher) avec leurs fantômes, mais font face à une dure répression de l’Etat et de l’Eglise – et fait éclater la forme du film, qui se fera quand même, sous forme de manifeste endeuillé et vital, lui-même spectrophile. Le processus censé fictionner une vraie tragédie collective (le sort de la jeunesse colombienne, no futuro dans «un pays qui n’a jamais conn




