Une file immense remonte la rue Monge. Pour tuer le temps, certains claquent dans leurs mains en rythme, d’autres tapotent sur leur téléphone, une bière en main. Il y a comme un parfum de festival dans l’atmosphère. Juste devant le cinéma, une fanfare entonne des airs de victoire. «Après six ans et demi de lutte, c’est l’ouverture définitive», clame un membre du collectif. Une victoire dédiée au cinéaste soudanais Suhaib Gasmelbari, dont le documentaire Talking About Trees a été projeté en même temps dans les deux petites salles de la Clef. Pour que vibre ensemble le public, enfin réuni, autour d’une drôle d’histoire : à Khartoum, quatre amis se lancent un pari fou, celui de rouvrir une salle de cinéma…
A voir l’enseigne, pourtant, rien n’a bougé. Toujours ces mêmes lettres grises, sur lesquelles roucoulent des pigeons, et une clef sur un fond gris. Mais le vent a tourné et les murs du cinéma la




