Shit happens, disent les Anglo-Saxons, et c’est bien vrai : souvent merde advient. Surtout au protagoniste de Red Rocket, ex-porno star en quête de rebond, dont la trajectoire semble asservie à ce principe de mise en crise et de déconfiture quoi qu’on le voie entreprendre. Quand la caméra de Sean Baker (Tangerine, The Florida Project) cueille Mike Saber, le visage tuméfié et au saut du bus qui le ramène à la ville où il a grandi, c’est pour lui assigner aussitôt la pire déchéance susceptible de frapper l’homo americanus : la condition de piéton. Son walk of shame le voit traverser la grisaille d’une zone périurbaine, hérissée des imposants et maussades reliefs d’une raffinerie en vis à vis du quartier de pavillons miteux où il a naguère vécu. Les poches vides et la gueule en vrac, Mike revient de Los Angeles pour frapper à la porte de son ex, qui l’envoie bouler avec une méfiance où se lisent explicitement les crasses passées. Mais l’animal se démène et a de la ressource : tchatche de bonimenteur sous speed, pouvoir de conviction pulsé à l’énergie du désespoir, intelligence de la moindre faille à exploiter chez l’autre – et nul n’en manque dans ce coin pourri du Texas, qui a pour bruit de fond la campagne de Trump en
Baratinage
«Red Rocket», white crash
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Sean Baker dépeint une Amérique en déréliction sociale et morale à travers son antihéros, ex-star de porno prête à tout pour rebondir.
L’excellent Simon Rex en Mikey Saber. (Drew Daniels)
Publié le 14/07/2021 à 21h08
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