Comme la vache qui en est l’héroïne, la spectatrice de Cow est heureuse quand on l’emmène au pré. Nous sommes aux deux tiers du documentaire immersif que la Britannique Andrea Arnold (Fish Tank, American Honey) consacre à Luma, vache laitière dans une grosse ferme familiale, et jusqu’alors l’essentiel du film s’est déroulé dans une étable où les bêtes sont nourries sur un grand quai circulaire, façon panoptique. Au milieu de la rumeur des machines, du bruit de métal et de sabots, la caméra s’approche au plus près de Luma, de son œil brun, attrape au vol le placenta qui s’échappe encore de ses entrailles après qu’elle a mis bas, quitte à se prendre des coups de sabots, voire à embuer la lentille du souffle de la vache. Cow s’ouvre avec le vêlage de sa génisse, étiquette 04481, dont Luma est immédiatement séparée ; s’ensuivent des meuglements d’autant plus bouleversants que la projection anthropomorphique est instantanée.
Exploitation du corps femelle
Ce que Luma peut bien ressentir, on ne cesse de le formuler et le reformuler au cours de Cow, qui la suit de ce vêlage à un autre, puis à sa mort violente, en ayant bien conscience que la nature exacte de ces ruminations-là restera un mystère et que l’on out




