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Revue de presse

«Du sex appeal à l’extrême droite, elle a symbolisé une France en mutation» : Brigitte Bardot vue par la presse internationale

«Icône de beauté et de sensualité» ou «misanthrope sans filtres» : après l’annonce ce dimanche 28 décembre de sa mort, les journaux étrangers ont disséqué la figure d’une actrice considérée comme une incarnation de son pays.

Brigitte Bardot, en avril 1959 à Londres. (AFP)
Publié le 28/12/2025 à 20h12, mis à jour le 28/12/2025 à 20h19

Elle était, dixit le critique de cinéma du Guardian Peter Bradshaw, «le plus sensationnel des exports de la France», rien de moins que l’équivalent français des Beatles. Plus qu’une actrice, plus qu’une femme, un produit vendu à l’international. Et en effet, plus de cinquante ans après la fin de sa carrière, l’étoile de Brigitte Bardot à travers le monde n’a pas perdu de sa lumière : après l’annonce de sa mort ce dimanche 28 décembre, la presse étrangère était inondée d’articles et d’hommages.

Lédito de Didier Péron

Pour les Britanniques du Times, elle était «l’incarnation de la femme française». En Italie, la Repubblica salue une «icône de beauté et de sensualité» qui a peut-être autant marqué le monde justement parce qu’elle a mis fin à sa carrière dans les années 70, une «retraite du cinéma» qui lui a permis de rester jeune pour toujours sur la pellicule. Le quotidien italien dit d’ailleurs «adieu à la diva rebelle qui a fait rêver le monde» et a «choisi la liberté jusqu’au bout» en mettant pas moins de onze articles consacrés à l’actrice sur la home de son site – aucun d’entre eux ne décortiquant son racisme et ses positions politiques d’extrême droite, à l’inverse de sa garde-robe.

«Déclarations réactionnaires»

Le journal espagnol El País n’évite pas pour sa part les sujets qui fâchent, voyant dans son personnage non seulement l’actrice qui a «transcendé les limites du cinéma» et anticipé «certaines des grandes révolutions que la seconde moitié du XXe siècle allait engendrer» mais aussi la «muse de l’extrême droite». Elle «s’obstina à transformer, jusqu’au XXIe siècle, son engagement pour les droits des animaux – et, par conséquent, son humanisme – en un prétexte de plus pour des déclarations réactionnaires contre la supposée islamisation du pays et, le moment venu, contre le mouvement #MeToo», ajoute El Mundo.

Bref, une icône pétrie de contradictions et difficile à saisir, militante pour les droits des animaux au détriment de ceux des humains ou femme libérée assujettie au regard masculin. «Elle était tout : un phénomène culturel, un symbole de l’objectification des femmes, un nouveau symbole de la libération féministe et sexuelle, la première grande victime du harcèlement de la presse à scandale, et le dernier emblème de la France éternelle – cette France qui, jour après jour, semble se désagréger irrémédiablement», poursuit le critique de cinéma Luis Martínez dans les colonnes d’El Mundo.

Amour des animaux, haine des hommes

«Du sex appeal à l’extrême droite, Brigitte Bardot a symbolisé une France en mutation», titre le New York Times, qui analyse l’évolution de l’icône devenue «misanthrope sans filtres» qui s’est «cancellée» elle-même en mettant fin à sa carrière en 1973 pour se consacrer à son amour des animaux et à sa haine des hommes – du moins quand ils n’étaient pas des bons Français selon ses standards.

Dans un autre article, le quotidien américain rappelle l’explosion de BB en tant que «star internationale» dès la diffusion de Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim, aux Etats-Unis – avant cela, le film avait été un flop complet au box-office français. Une célébrité globale qui ne s’est jamais démentie et qui lui a immédiatement pesé. «Poursuivie par les photographes toute sa vie, Brigitte Bardot s’identifiait aux animaux qu’elle s’est ensuite consacrée à sauver», écrit encore le Washington Post. Fixée sur papier glacé, l’image belle et lisse de l’actrice a été sacrément écornée par le temps.

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