On arrive dans le film en oscillant, comme les deux grands gamins sur le pont de ce voilier à bord duquel ils n’ont pas l’air d’être montés très souvent. Le ciel est bleu, la mer d’huile, mais tout tangue dans l’étrange dialogue qui se noue entre Elsa et Konstantinos. Etrangeté qui s’explique quand on comprend qu’ils sont sœur et frère (où se parle-t-on plus étrangement que dans une fratrie ?), que le loup bougon en claquettes à la barre est leur père, que Kyuka est une histoire de famille qui part en vacances (l’île de Poros) et que, comme tous les films d’histoires qui partent en vacances, il va s’y jouer des grands événements – à leur échelle.
Entre le tout petit et l’imposant, le premier long du couteau suisse grec Kostis Charamountanis (il écrit, réalise, compose, photographie) ne se fixe jamais, cerclant ses inventions d’écriture et de plastique dans un modeste format 5:3. Mouvant, gracieux, Kyuka lévite aussi entre le grave et le charmant, voire le loufoque (les acteurs qui jouent les enfants, Elsa Lekakou et Konstantinos Georgopoulos, font beaucoup pour ça). Quelque chose du Rozier hirsute et chaleureux de Du côté d’Orouët surgit des flots et des moments de comédie, et l’on sait d’ores déjà qu’une spectaculaire scène de bataille de coqs entre deux vieux mâles à l’ego gonflé par leur passion de la pêche montée, montée-démontée avec l




