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Festival de Cannes : «L’Enlèvement» de Marco Bellocchio, cathos empoisonnés

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A 83 ans, le cinéaste revient avec un drame historico-politique, sur un enfant juif enlevé à sa famille sur ordre du pape lui-même.

Quelle photo de famille extrêmement normale et rassurante ! (ad vitam distribution)
Publié le 23/05/2023 à 21h41

Une scène résume l’effet que produit la grande histoire quand elle défonce la porte du récit individuel. C’est le mur d’enceinte d’un séminaire à Rome, lieu d’autorité du Saint-Siège aux airs insubmersibles, qui explose dans un fracas de gravats et de musique. La révolution entre en scène. Plus prolifique qu’on rêverait jamais de l’être à 83 ans, Marco Bellocchio est de retour en compète, un an après avoir révélé sa magistrale série Esterno notte à Cannes. Regardant toujours la politique par l’intime, l’Enlèvement croise une tragédie familiale à un autre épisode de l’histoire italienne, lié à l’abolition des Etats pontificaux en 1870. Tout part d’un gamin juif de Bologne, baptisé en secret par sa nounou et arraché à sa famille à l’âge de 6 ans. Le sort du petit Edgardo Mortara, converti de force pour être élevé en bon catholique sous l’autorité directe de Pie IX, émut l’opinion internationale au-delà des communautés juives. Au point de provoquer le premier procès de l’Inquisition et accélérer la chute du pape-roi. Foudroyante est la scène où le père de l’enfant, débouté de son action en justice, comprend que la libération d’Edgardo importe désormais moins à ses alliés qu’un soulèvement plus grand que lui.

Le film est une charge contre le fanatisme catho où le cinéaste met en jeu le grotesque de l’institution

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