Aujourd’hui, non, mardi, était projeté à Venise l’Etranger d’Ozon d’après Camus. C’était peut-être hier. En langage télégramme, on résumerait : «Noir et blanc distingué. Loupage en règle. Roman inadaptable.» Le film prête à croire que son ambition serait d’établir, façon dossier criminel, le portrait d’un psychopathe, ou un conte d’avertissement pour jeunes femmes sous l’emprise d’un conjoint toxique (pauvre Rebecca Marder !). L’Etranger, en principe, c’est un voyage avec une conscience sans intériorité, une expérience d’étrangeté au monde, dedans-dehors. Or Ozon emprunte une approche si littérale des événements du livre, qu’on voit mal ce qui pouvait ressortir d’une lecture si plane… Nous sommes pourtant bien dans les pas criminels de Meursault, tueur d’un jeune Arabe sans nom dans l’Algérie française, jugé aux assises pour ne pas avoir pleuré la mort de sa mère.
Sublimé façon dieu grec, Benjamin Voisin fait ce que le scénario réclame de lui, à savoir jouer l’opacité du salaud dénué d’affects. Drôle de pari que cette adaptation sans parti pris marqué, appliquée à jouer sur tous les tableaux. Un peu de contrechamps indigène par-ci par-là (c’est sa dette assumée à Meursault, contre-enquête de




