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Répression

Jafar Panahi, à nouveau condamné, confirme sa volonté de retourner en Iran : «Peu m’importe ce que les gens pensent ou comprennent de ma décision»

A Los Angeles pour la promotion de son film «Un simple accident», palme d’or à Cannes en mai, le cinéaste a réaffirmé mardi 6 janvier au magazine «Hollywood Reporter» qu’il retournerait dans son pays d’origine, malgré sa condamnation à un an de prison.

Jafar Panahi au festival de Marrakech, le 4 décembre. (Mosa'ab Elshamy/AP)
Publié le 07/01/2026 à 17h37

La tournée américaine de l’Iranien Jafar Panahi pour les oscars se déroule en ce moment. Après la palme d’or décrochée en mai, son film Un simple accident représente la France dans la catégorie du meilleur film étranger mais la short list définitive de l’Académie n’est pas encore connue, elle sera révélée au courant du mois de janvier.

Panahi, 65 ans, déjà plusieurs fois condamné et qui a purgé plusieurs mois de prison avant d’être libéré en février 2023 après une grève de la faim, a été condamné en décembre par le tribunal révolutionnaire islamique de Téhéran à un an de prison et deux ans d’interdiction de quitter le pays, ainsi qu’à une interdiction d’adhérer à des groupes ou factions politiques et sociales, pour activités de propagande contre le régime. A l’époque au festival de Marrakech, Panahi, interrogé, a une fois de plus affirmé qu’il lui était impossible d’imaginer vivre et travailler ailleurs qu’en Iran. Il le redit dans une interview publiée par le magazine Hollywood Reporter : «Je travaille et j’agis vraiment en fonction de ce que je ressens et de ce que je perçois. Ce que je ressens actuellement, c’est que je connais le contexte de mon pays. Je connais la culture, la langue, la vie quotidienne. Je connais les murmures quotidiens de ce pays, de cette culture et de cette société, et c’est là que je peux travailler. Quand je sors d’Iran, je peux passer quelques jours dans une ville particulière, dans le cadre d’un festival, entouré des événements du festival, mais cela ne me donne absolument aucune compréhension, aucune connaissance de cette culture ou de cet endroit.»

Il ajoute : «Je sais simplement que j’ai ce sentiment avec l’Iran et que c’est l’endroit où j’ai accepté tous les défis et tous les prix à payer pour être moi-même. Peu m’importe ce que les gens pensent ou comprennent de ma décision. Je dois simplement être fidèle à ce que je ressens.»

«Nous partageons tous cette souffrance»

Il décrit la situation d’autres cinéastes mis en difficulté par un régime aux abois : «Ali Ahmadzadeh était en train de tourner un film lorsque son plateau a été perquisitionné et son matériel confisqué. Il doit désormais payer chaque jour la location du matériel qu’il a loué sans pouvoir l’utiliser. Behtash Sanaeeha et sa femme, Maryam Moghadam, ont réalisé un film magnifique, Mon Gâteau préféré, qui a été vu dans le monde entier, mais ils sont désormais interdits de sortie du territoire iranien et interdits d’exercer leur métier. Nous partageons donc tous cette souffrance et nous avons tous accepté d’en payer le prix.»

Longtemps interdit lui aussi de quitter le territoire iranien, Jafar Panahi a retrouvé son passeport à sa sortie de la prison d’Evin. La première projection officielle de son film à Cannes en sa présence aussitôt terminée, il n’avait pas cherché à utiliser le langage diplomatique pour qualifier la situation des dirigeants de la république islamique, déclarant à Libération : «Le système s’est effondré, que ce soit sur le plan économique, idéologique, environnemental, c‘est un échec total. Il reste une coquille vide, un corps malade qui continue de gouverner car il a l’argent et les armes. Il n’a plus aucune légitimité depuis longtemps.»

Il l’a répété sous différentes formes et dans plusieurs langues au cours de son circuit international. Depuis dix jours, l’Iran fait face à de nombreuses manifestations à travers le pays. Le mouvement, commencé le 28 décembre à Téhéran avant de gagner d’autres provinces du pays, a fait au moins 27 morts, dont 5 enfants, selon un bilan de l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège. Plus de 1 000 personnes ont été arrêtées au total.

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