Dès son premier plan, la Chimère saisit : on entrevoit le visage d’une jeune femme vaporeuse, l’espace d’un instant, tandis qu’une voix d’homme murmure que ce pourrait bien être la dernière image vue. Il y a le son aussi, rugueux, pierreux, d’un cache qui vient masquer ce visage. Est-ce la caméra qu’on obstrue, ou un trou plus profond, plus ancien, recouvert par le noir de la terre ? Où se situe celui qui regarde avec l’espoir d’un noyé cette dernière image du monde ? La Chimère, quatrième long métrage de la prodigieuse italienne Alice Rohrwacher a beau être situé dans les années 80, il s’efforce de sillonner entre des temps moins historiques, des époques qui cohabitent plutôt qu’elles ne se succèdent et forment des strates de mémoire et d’oubli que certains remuent à leurs risques et périls.
Candeur du scénario
Une bande de tombaroli, des pilleurs de tombes dont le nom résonne comme la promesse d’un chant ou d’une cérémonie, officie dans un petit village de Toscane, et a recours aux services du bel Arthur (Josh O’Connor, révélé dans The Crown), un Anglais revenu de tout, qui agite sa baguette de sourcier non pour repérer l’eau mais pour sonder le vide de son spleen carabiné. Ainsi, des gouffres s’ouvrent périodiquement sous cette bande de pieds nickelés, saltimbanques bariolés comme la cinéaste les affectionne, et dont la persona