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Libération
Au secours

«La Grazia» de Paolo Sorrentino : rance présidence

Macho et déconnecté, le nouveau film du cinéaste est une variation sur la solitude du pouvoir, autour des derniers jours d’exercice d’un président italien fictif.

Le film est confit dans une torpeur sous vide. (Pathé films )
Publié le 27/01/2026 à 22h43

Quand on aime, on ne compte pas. Et Paolo Sorrentino assurément, aime tourner (c’est son deuxième film en deux ans), bien plus que Libé ne goûte en général son cinéma porté sur l’emphase opératique, la vanité à gros portefeuille, toute une panoplie du faste et du grotesque ricanant qui, selon la rumeur, se trouvait un rien mise en veilleuse dans ce onzième long métrage.

Méditation sur la solitude du monarque sous les ors du palais, la Grazia suit les derniers jours au pouvoir d’un président de la République italienne fictif. Deux demandes de grâce, et un projet de loi sur l’euthanasie accaparent très mollement les journées de Mariano De Santis, chef d’Etat en pré-retraite. Traînant son ennui d’écuries en vestibules vides, il est inconsolable depuis la mort de son épouse si parfaite, si céleste qui pourtant, il y a quarante ans, le trompa.

Rythmé par une clignotante bande-son club et quelques digressions rap du plus triste effet, le film, grand genre du sol au plafond, confit dans une torpeur sous-vide. Drôle de truc que cette appréhension de la politique déconnectée de tout destin collectif, abstraite de son époque – la Rome nationaliste, fascisante de Giorgia Meloni, pas même en germe. Sorrentino la ramène au seul arbitrage de dilemmes moraux sous l’œil d’un pape funky à dreadlocks, et au prisme d’états d’âmes individuels dont on se soucie comme de notre première Regina.

Un Toni Servillo en papier mâché (prix d’interprétation à la Mostra !) retrouve son auteur fétiche pour la septième fois, ajoutant de la pompe à la pompe. C’est long comme de la peinture qui sèche. Surtout, le machisme du scénario (gags de cocu, fantasme de femme diplomate à longues jambes) nous fait plaindre Anna Ferzetti dans le rôle de la fille du Président, conseillère de l’ombre chargée de fliquer le cholestérol de papa, émue aux larmes le jour où une belle taularde lui apprend quelle vieille demoiselle sèche et archi-sèche elle est. Très classe.

La Grazia de Paolo Sorrentino avec Toni Servillo, Anna Ferzetti, Orlando Cinque… 2 h 13.
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