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«Le Sud» de Victor Erice : retour au sourcier

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Enquête immobile d’une enfant fascinée par son père dans l’Espagne franquiste, le deuxième long métrage de Victor Erice ressort en salles en version restaurée.

Le film adopte le point de vue d’Estrella. (Les Acacias)
Publié le 10/01/2026 à 10h59

Cela commence comme une rumeur. De cet état cotonneux des entre-deux feutrés et frémissants, où la conscience engourdie peine à émerger, bientôt dardée par la lumière rasante du jour qui filtre derrière des volets fermés. Une jeune fille dans son lit que le monde bruissant et indistinct peu à peu éveille, un chien qui aboie dans la campagne, un homme dont on crie le prénom «Agustin ! Agustin !» En vain. Mais ce n’est pas tant le bruit que le silence de cette absence de réponse qui tire l’adolescente assoupie de son sommeil. La voix off nous éclaire : Estrella devenue adulte se remémore ce matin de 1957 où son père n’a pas répondu aux appels de sa mère, ce n’est que plus tard qu’on comprendra pourquoi. Derrière ce silence se loge le mystère d’une vie, et celui d’une histoire familiale rivée à celle fracassée de l’Espagne.

Fantôme en exil

Avec le Sud (1983), adapté d’une nouvelle de sa compagne Adelaida García Morales, Victor Erice signait moins un récit qu’une réminiscence, comme si tout entier, le film surgissait de la matière même du souvenir. Construit comme une enquête immobile, ce deuxième opus d’une filmographie qui n’en compte que quatre – mais quatre merveilles, étalées sur cinquante ans –, épouse, comme dans l’Esprit de la ruche (1973), le regard d’une fillette (de 8 puis 13 ans), ayant grandi dans le nord du pays sous le franquisme, évoqué moins frontalement qu’à travers ses effets souterrains sur les corps fatigués, les vies mises entre parenthèses et la diffic

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