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Critique

«Les Lumières de New York» : sous les gratte-fiel, l’Amérique des laissés-pour-compte

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Portrait saisissant d’un livreur chinois immigré, le premier long métrage du Canadien Lloyd Lee Choi se veut l’héritier du néoréalisme social et déploie une mise en scène prolixe.

Ne pouvant plus livrer et sans un rond, Lu tente de sauver la face, de se refaire, flanqué de Queenie, sa fille débarquée avec la mère, qu’il traîne partout.
Publié le 06/01/2026 à 21h13

Lucky Lu, personnage central des Lumières de New York, n’a rien à voir avec le cow-boy de la BD, non plus qu’avec un bonheur quelconque. Lucky Lu est un livreur immigré chinois vivotant dans un New York où il pleut comme une mousson, sans arrêt. Momentanément, il semble parvenir à joindre les deux bouts, trouve un appartement, un toit lui permettant d’accueillir dignement femme et enfant (une petite fille de 6 ans) venues de Chine le rejoindre au pays de Cocagne. Momentanément, il y croit. Puis, en quelques heures, Lucky Lu perdra tout. Le film observe sa galère et son obstination, avec cette logique désespérée du film néoréaliste social. On lui vole son vélo. Le collègue qui assurait la transaction pour la location de l’appart a empoché les billets avant de disparaître. Ne pouvant plus livrer et sans un rond, Lu tente de sauver la face, de se refaire, flanqué de Queenie, sa fille débarquée avec la mère, qu’il traîne partout. Le volé se fera voleur de bicyclette, selon la démonstration fatale qu’on frappe toujours sur plus faible que soi, de misérable à plus misérable.

Appelons ce dispositif ciné «le complexe de Zavattini», du nom de l’initiateur de la part la plus édifiante du néoréalisme – la part De Sica, dont il a écrit la plupart des films, à commencer par le Voleur de Bicyclette, must national italien. Dans le film de 1948, le personnage n’était pas encore livreur de repas mais colleur d’affiches. Ces dernières années, de Take Out (200

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