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Ciné par ciné, sans DVD ni streaming : «Memoria» ou la stratégie «un écran à la fois»

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Prix du jury au Festival de Cannes et en lice pour les oscars, le chef-d’œuvre du cinéaste thaï Apichatpong Weerasthakul connaîtra une sortie controversée aux Etats-Unis, à rebours de toutes les tendances de l’époque.

Tilda Swinton à la console dans «Memoria». (Kick the Machine Films. Burning. Anna Sanders Films. Match Factory Productions. ZDF. Arte. Piano 2021)
ParJulien Gester
correspondant à New York
Publié le 07/10/2021 à 19h45

Ce fut sans doute le film le plus radicalement beau et secouant du dernier Festival de Cannes, et Memoria d’Apichatpong Weerasethakul continue de susciter de nouveaux tremblements radicaux, jusque dans ses paramètres de diffusion, qui agitent ces jours-ci la cinéphilie américaine. En France, une sortie toute traditionnelle l’attend certes dans quelques dizaines de salles le 17 novembre et il représentera la Colombie aux oscars, puisque le réalisateur palmé d’Oncle Boonmee ou Tropical Malady, fâché avec l’état politique de son pays, a tourné pour la première fois en exil cette errance rêveuse entre Bogota et jungle, syndrome «de la tête qui explose» et hantise de traumas collectifs, archéologie mémorielle et science-fiction tardive.

Mais outre-Atlantique, il en sera tout autrement, et c’est ce qui fâche, ou du moins fait débat : la société de distribution Neon, détentrice des droits américains, a annoncé mardi avoir décidé de diffuser Memoria selon une approche «pensée et méthodique» consistant à ne le mettre à l’affiche que d’un seul cinéma à la fois, d’abord à New York le 26 décembre, pour une semaine, avant de voyager vers une nouvelle ville qui en acquerrait à son tour l’exclusivité pour un temps défini, et ainsi de suite, «à travers l’univers, à perpétuité», selon le mot un rien emphatique de la tête d’affi

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