En Russie, plus qu’ailleurs, les plus grands héros ne paient pas de mine. Pavel Talankin, 34 ans, enseigne dans un établissement scolaire tout à fait ordinaire de la ville industrielle de Karabach, dans l’Oural, 10 000 habitants, qui n’a d’autre distinction que d’avoir été classée par l’Unesco comme la ville la plus polluée du monde.
Pavel Talankin aime la Russie, le grand froid, il aime les gens. «Pédagogue-organisateur» (sorte de directeur artistique), il aime monter des spectacles de Noël et animer les représentations de fin d’année. Vidéaste officiel de l’école, il se promène caméra au poing et enseigne l’art de filmer aux enfants. Il aime ses élèves, qui viennent trouver refuge dans son bureau, jamais fermé à clé – «un îlot de démocratie dans notre Etat antidémocratique», comme il l’appelle avec fierté.
Il déteste le mensonge, la violence, la propagande. Et Vladimir Poutine.
«Les gens auront besoin de savoir»
Dans les semaines et les mois qui suivent l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, un front intérieur est ouvert dans toutes les écoles du pays : cours de patriotisme, levée du drapeau au son de l’hymne russe, militarisation des organisations de jeunesse. Un lavage de cerveau nationaliste, martial, anti-occidental et antidémocratique, est imposé dès le cours préparatoire et dispensé par l’ensemble des enseignants.
Un jour, Pavel Talankin est mobilisé par le ministère de l’Education pour documenter la bonne mise en application des nouvelles directives. Aux premières loges, il observ




