Il suffisait de voir Antoneta Alamat Kusijanovic monter sur scène, extrêmement enceinte et d’un pas très conquérant, pour deviner le genre de caractère qui l’a conduite à emmener une quinzaine de personnes tourner sous l’eau, par plusieurs mètres de fond, les plus belles séquences de Murina. Ou encore à inviter les bonnes fées Martin Scorsese (ici producteur exécutif) ou Hélène Louvart (directrice photo de films d’Agnès Varda, Larry Clark, Alice Rohrwacher…) à se pencher sur le berceau du premier long métrage de la cinéaste croate, dont celle-ci dit : «Nous y avons mis tout notre cœur, nos larmes, notre joie et même notre sang.»
Le film se révèle aussi fait de comédiens sublimes, de paysages qui ne le sont pas moins et de beaucoup de phrases, adages et paraboles, à commencer par la métaphore que charrie la murène du titre, cette unique créature du monde animal à mordre sa propre chair pour se libérer d’un piège. C’est le poisson que chassent chaque matin, au saut du lit et en apnée, l’héroïne adolescente et son père, qui mènent une vie édénique et simple sur une île des Kornati jusqu’à l’arrivée d’un vieil «ami» de la famille, investisseur richissime et ex-prétendant de la mère, dont la présence met au jour ces affects et ces rêves qui, dit-on, «meurent au paradis».
Et quel est le prix du paradis ? C’est l’une des grandes questions de cet objet irid




