Au rang des jeux d’esprits dans lesquels aiment à s’ébrouer les plus louches ou tordus des groupuscules cinéphiles, il y a cette espièglerie consistant à imaginer à un film une autre forme que la sienne, qui ne trahirait pas pour autant ce qu’il serait en profondeur, soit une manière de portrait chinois : et si tel film n’était pas un film, ne serait-il donc pas une lampe torche, une galette-saucisse, un rébus, un mouchoir usagé, un plan du métro de Tokyo ? En amateur de maquettes et auteur aux dispositifs voyants, assumés comme tels, et d’ordinaire non moins prodigieux, Wes Anderson est ce cinéaste enclin non seulement à semer les indices, mais souvent à décréter et inscrire aux frontons de ses œuvres – à l’usage de ses spectateurs et exégètes – quelle forme alternative leur conviendrait le plus justement. Ainsi, The French Dispatch est à la fois son nouveau film et un magazine, la publication de presse qui lui prête son titre, ses contours et son sommaire.
Bourgade française fictive et agrégat d’époques
Le film s’ouvre par la mort du rédacteur en chef et fondateur de cette revue (inspirée notamment du New Yorker), et puisque le testament laissé par celui-ci ordonne la liquidation du titre, le numéro en question, mais aussi le film qui en réplique le programme seront un baroud d’honneur et une nécrologie. Une parade et mise en boîte funèbre, à la fois pour l’illustre homme de presse originaire du Kansas, pour l’estimable publication qu’il a créée, diffusée partout dans le monde depuis la belle ville d’Ennui




