The Shadow’s Edge nous arrive précédé de la réputation d’être le film avec Jackie Chan le plus regardable depuis longtemps. Rumeur confirmée tant le film renoue avec les grands plaisirs communicatifs de l’action made in Hongkong, soit cet équilibre envié entre grâce et vélocité. Chan se glisse confortablement dans le rôle qui lui convient depuis deux décennies, celui du vieux briscard chaperonnant un groupe de jeunots. Il est ici un spécialiste de la surveillance guidant des flics juniors sur les traces d’un gang d’audacieux minets braqueurs. Qui sont menés par Tony Leung Ka-fai (celui de l’Amant, pas celui d’In The Mood for Love), charismatique en toute occasion, qu’il reste stoïque ou affronte seul une armée de voyous dans un couloir, et pris, lui aussi, dans le classique conflit entre vieille et jeune garde, méthodes d’antan et air du temps (IA, cryptomonnaies). On est en Chine, donc le respect réciproque finit par primer (ouf). Peu importent les ficelles paternalistes et quelques rebondissements de trop puisque The Shadow’s Edge se concentre sur l’essentiel : la gestion bluffante de l’action hyperbolique et de l’espace, comme dans le récent City of Darkness, mais troquant la fureur de ce dernier pour la vitesse des techno-thrillers connectés.
Cela commence dans l’excès vertical – un casse compliqué de haute voltige dans un gratte-ciel – pour changer de vitesse, devenir horizontal, décélérer et accélérer à loisir dans une guerre de positions entre policiers et voleurs à travers tout Macao (lieu de tournage du film), puis resserrer la focale sur un lieu très étroit. On n’est en fait pas loin de la structure d’un des meilleurs Mission : Impossible (Rogue Nation), mais la dimension performative de bateleur de cirque de Tom Cruise en moins. Lorsque Cruise dansait en slip dans Risky Business (1983) sans avoir la moindre idée qu’il finirait quarante ans plus tard en Buster Keaton de blockbuster, Chan manquait déjà de se tuer la même année en tombant d’une tour dans le Marin des mers de Chine. Ses acrobaties rodées fonctionnent toujours – Chan doit être bien le seul à rendre excitante une baston avec des draps sur fond de lave-linge. On tient Jackie pour acquis comme star de films d’action depuis des décennies mais il y a chez lui un plaisir éternellement ludique de la bougeotte, décuplé ici par les multiples terrains de jeu (un hôtel, un marché de nuit ou un ascenseur) où le pratiquer. Le jeu est aussi dans les parties de chat et souris entre les deux camps, où il faut se filer, se faufiler et se jauger comme dans Heat et Infernal Affairs. Le bondissant septuagénaire toujours bon pied bon œil trouve dans le film de quoi lui donner le meilleur élan pour ses exploits emblématiques.




