«Quand je suis trop déprimée par la situation, je me dis : “A quoi ça sert tout ça, à quoi bon faire des films ?”» dit la cinéaste Kaouther Ben Hania, émue mais droite comme un i à la conférence de presse qui suit la projection en avant-première de son film, The Voice of Hind Rajab. «Mais les fois où je suis moins déprimée, je me dis que c’est important.»
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Depuis l’annonce de sa sélection à Venise, la rumeur préparait à un «film choc», ce qui veut tout et rien dire. Le choc n’a pas d’unité de mesure mais il est là, dans le temps d’arrêt marqué par le public avant de quitter son siège, dans le brouillard au milieu duquel s’échangent les premiers commentaires sur ce que l’on vient de voir, après de longues minutes d’ovation. Qu’est-ce qu’on vient de voir ? «Le lion d’or» assurément, bourdonne la foule d’un seul bloc. Réflexe qui devrait être déplacé, retour au cadre pragmatique du concours comme étalon de valeur d’un film «important» – un vainqueur par KO, qui terrasse par le choc.
L’histoire vraie d’une fillette palestinienne assassinée par l’armée israélienne le 29 janvier 2024 à Gaza, après des heures à attendre les secours, cachée dans une voiture parmi les cadavres de six membres de sa famille, était connue. Le choc ne serait pas ce qu’il est si le film n’utilisait pas les vrais enregistrements de ses appels au personnel du Croissant-Rouge palestinien. Une inscription à l’écran prévient : «Toutes les voix au téléphon




