Rosencrantz et Guildenstern sont morts, Tom Stoppard aussi. Le dramaturge britannique avait prélevé ces deux personnages de Hamlet pour la pièce du même nom qui le révéla en 1966 (Bernard Fresson et Michael Lonsdale les incarnèrent en France pour Claude Régy l’année suivante), jetant les bases du «stoppardien», adjectif utilisé dès 1978 pour désigner son style d’acrobaties verbales faisant passer les idées les plus complexes au service de l’absurde.
Exemple de sa plume tordue : «Guildenstern à Rosencrantz : “Dis-moi quelle est la première chose dont tu te souviennes ?”, Rosencrantz : “Qu’est-ce que tu veux dire, la première chose qui me vient à l’esprit ?”, Guildenstern : “Non, le premier souvenir que tu aies eu.” Longue réflexion. Rosencrantz : “J’ai dû l’oublier.” Guildenstern : “Justement le premier que tu n’aies pas oublié.” Rosencrantz : “J’ai oublié la question.”»
Samuel Beckett était punk, Harold Pinter était plus protest song engagé et Stoppard, qui complétait cette trinité de théâtreux contemporains outre-Manche, était le plus pop, jonglant non seulement avec les concepts −la pièce Jumpers (1972), où des philosophes sont aussi gymnastes− mais aussi contribuant à des scénarios pour des cinéastes aussi variés que Fassbinder (Despair) ou George Lucas (Star Wars, épisode III : La Revanche des Siths). Et il se murmure que la structure du direct-to-video le Roi Lion 3 (2004) serait très inspirée par Rosencrantz et Guildens




