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Documentaire

«Trans Memoria», transmission d’une transition

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La réalisatrice Victoria Verseau revient en Thaïlande, lieu traumatique d’une opération de changement de sexe. Un documentaire tout en patience et méditation sur la souffrance.

«Trans Memoria» prend au mot son titre, film patient de lente traversée, de la perte, de l’oubli sans tombeau. (Outplay films)
Publié le 19/11/2025 à 5h24

Victoria Verseau est une cinéaste trans dont c’est le premier film, ayant enregistré les images de sa transition et du calvaire qu’elle a connu au long des années. Une petite caméra-témoin au poing en guise de journal de bord à l’époque, aujourd’hui faisant retour en Thaïlande, flanquée d’une équipe réduite lui permettant d’être dans le champ avec ses deux comparses, Athena et Aamina, sur les lieux de sa transition passée et de leur opération, à elles, imminente.

Un peu plus de dix ans se sont écoulés, et Trans Memoria mesure, avec la fausse nonchalance des âmes désespérées, la distance qui sépare les nouvelles amies d’infortune d’avec ce que Victoria a, en son temps, traversé : cette épreuve de «charcutage» évoquée, elle en tremble encore, quelques flashs ultrapudiques chambre des tortures à la clé. Athena et Aamina s’apprêtent à leur tour à cette ordalie de la douleur, du changement de sexe, et acceptent d’échanger avec celle qui les a précédées, Victoria, revenue sur les lieux déserts à la recherche du fantôme de Meril, son amie. A l’époque Meril fit sa transition avec elle, et finit par se suicider.

Le suicide est le parfum constant et entêtant de ce film par le vide, de son spleen singulier, ocre comme un désert, plages thaïlandaises sans personne d’autre qu’elles, les trois grâces en transidentité. Tout autour est vaste et dépeuplé. Film-méditation en rêve triste psychédélique, en limbes oubliés, dans cette aridité quasi martienne de la memoria de Victoria

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