Les prémices d’une crise majeure pour le géant français du jeu vidéo ? Ce vendredi 14 novembre, tout le secteur retient son souffle après la suspension d’Ubisoft à la Bourse de Paris et le report à la dernière minute de ses résultats semestriels, alimentant les spéculations autour de son avenir. Le titre est suspendu depuis l’ouverture des marchés «à la demande de la société, suite à la publication d’un communiqué de presse et jusqu’à nouvel avis», a annoncé ce vendredi 14 novembre Euronext, tandis qu’Ubisoft promet la diffusion de ses résultats «dans les prochains jours».
Parmi les plus gros acteurs du jeu vidéo dans le monde, avec quelque 17 000 employés, Ubisoft a dans son catalogue des titres majeurs comme Assassin’s Creed, Far Cry ou Just Dance. Contacté, l’éditeur français n’a pas donné de raison à ce report. Dans un mail interne envoyé jeudi aux salariés, le directeur financier du groupe, Frédérick Duguet, avait indiqué sans plus de précisions qu’Ubisoft avait besoin d’un «délai supplémentaire pour finaliser la clôture du semestre» et que la demande de suspension de sa cotation visait à «limiter les spéculations inutiles et la volatilité du marché pendant ce court délai».
«Ce n’est jamais un bon signe de décaler des résultats», note Charles-Louis Planade, analyste à Midcap Partners, qui se dit «très surpris» de cette annonce. Pour lui, un rachat «fait partie des options sur la table», alors que fin septembre de l’éditeur américain Electronic Arts avait déjà été racheté par un consortium composé du fonds souverain saoudien PIF et des sociétés d’investissement américaines. Cela pourrait indiquer «un mouvement de concentration qui s’accélère sur le secteur du jeu vidéo», ajoute le spécialiste.
Un titre au plus bas depuis 2012
L’ensemble du secteur connaît une crise de croissance depuis la fin de la période Covid. Fin 2024, des rumeurs avaient fait état de discussions entre la direction du groupe français et le géant chinois de la tech Tencent, entré au capital d’Ubisoft en 2018. Dans le cadre d’une réorganisation plus large, l’éditeur a depuis annoncé la création d’une nouvelle filiale regroupant ses trois sagas phares (Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six) et détenue à environ 25 % par Tencent via un apport de 1,16 milliard d’euros. La finalisation de la transaction, prévue pour la fin de l’année 2025 sous réserve de validation des autorités réglementaires, devrait permettre à Ubisoft de se désendetter.
Cette nouvelle organisation n’a pas suffi à rassurer les marchés : le titre Ubisoft n’a cessé de dégringoler à la Bourse de Paris, plongeant de près de 50 % depuis début 2025 et approchant son plus bas depuis 2012, à moins de 7 euros. Ubisoft a également enchaîné les revers ces dernières années, avec des lancements de titres en demi-teinte et l’arrêt précoce de son jeu de tir en ligne XDefiant. Après un bon démarrage, son dernier blockbuster lancé en mars, Assassin’s Creed Shadows, semble aussi montrer un tassement de ses ventes, selon le cabinet spécialisé Alinea Analytics. Et Ubisoft, qui vient tout juste de sortir le jeu de stratégie Anno 117 : Pax Romana, n’a pas officiellement annoncé de jeux majeurs pour les prochains mois, hormis un remake du jeu Prince of Persia : les Sables du temps.
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Depuis 2023, l’éditeur français poursuit un plan de réduction des coûts qui a déjà entraîné la fermeture de plusieurs studios à l’étranger et le départ de plus de 3 000 salariés. En octobre, il a annoncé un plan de départs volontaires dans ses studios de Stockholm et Malmö, en Suède, qui avaient notamment travaillé sur Star Wars Outlaws, superproduction aux ventes jugées décevantes depuis sa sortie à l’été 2024.




