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La grande de série de l'été (14/37)

Le jour où… Beate Klarsfeld a giflé un chancelier au passé nazi

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Le 7 novembre 1968, la militante franco-allemande Beate Klarsfeld gifle Kurt Georg Kiesinger, chancelier d’Allemagne de l’Ouest et ex-propagandiste du IIIe Reich. Ce geste spectaculaire vient clore une longue campagne afin d’ouvrir les yeux des Allemands sur les crimes commis par leurs aînés. Et point de départ d’une vie entière dédiée à la traque des anciens nazis.

Cette gifle historique du 7 novembre 1968, point culminant d’une campagne menée par Beate Klarsfeld afin de dévoiler le passé de l’homme qui dirige l’Allemagne de l’Ouest, devient le point de départ d’une vie dédiée à la traque des anciens nazis. (Klarsfeld FFDJF)
Publié le 02/08/2021 à 19h28

«Ecoutez, ma chère enfant. Qu’est-ce que cela veut dire de gifler le chancelier ?»

— Je ne tolère pas qu’un ancien nazi puisse devenir chancelier. Je l’ai giflé pour le marquer et pour faire savoir au monde entier qu’il y a des Allemands qui refusent cette honte.

— Je pourrais être votre grand-père.»

Ce dialogue sidérant se déroule le 7 novembre 1968, à la salle des congrès de Berlin. La militante franco-allemande Beate Klarsfeld, 29 ans, vient de commettre un geste historique, «la gifle de la jeunesse allemande à ses parents nazis», comme elle le formule aujourd’hui. Elle vient d’administrer un soufflet au chancelier Kiesinger. Elle est ceinturée, des policiers la brutalisent. Dans ce bureau où elle est interrogée, le «grand-père» qui la questionne avec tant de condescendance n’est pas n’importe qui : il s’agit d’Ernst Lemmer, représentant de Kiesinger à Berlin. Député au Reichstag en 1933, il a voté les pleins pouvoirs à Hitler. Il fait partie de cette génération contre laquelle Beate Klarsfeld se bat. Des hommes qui, en 1968, sont plus que jamais en place.

Comment tolérer que Kiesinger, ancien membre du Parti national socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), directeur adjoint de la propagande radiophonique du Reich vers l’étranger, devienne chancelier d’Allemagne ? Pourtant, il l’est depuis 1966. Beate Klarsfeld ne le supporte pas. Elle dira quelques heures plus tard, dans une conférence de presse improvisée : «Je l’ai fait parce que seul

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