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«Les Corps incorruptibles» : les cadavres exquis d’Aurélia Lüscher

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Qui s’occupe du corps de nos morts ? Pourquoi s’enferme-t-on à double tour dans nos cercueils ? Dans sa pièce, drôle et belle, présentée au théâtre de la Bastille à Paris, la comédienne et metteuse en scène tente de nous faire regarder la mort en face.

Aurélia Lüscher nous invite à ouvrir enfin les yeux sur la mort. (Jean-Louis Fernandez)
Publié le 07/11/2025 à 14h33

On ne redevient jamais poussière. A la limite, dans son cercueil capitonné, le corps se fissure, se fragmente. Et quand le travail du thanatopracteur est bien fait, il peut rester des décennies en bon état (mais à quoi bon, quand on y pense ?). Voilà qui est dit, et bien dit, dans la pièce d’Aurélia Lüscher, les Corps incorruptibles, au théâtre de la Bastille, à Paris, jusqu’au 15 novembre.

La metteuse en scène parvient le tour de force de se balader avec le mot «cadavre» floqué dans le dos et de nous parler de notre devenir – macchabée avec la légèreté de l’instagrammeuse évoquant son canapé moka et la facétie d’une gosse glissant un coussin péteur sous les fesses de la maîtresse. Un couple de spectateurs lèvera d’ailleurs bien vite les siennes pour quitter la salle – à peu près au moment où la comédienne, qui venait de se glisser dans la peau d’une sémillante thanato, dissertait sur les capsules à introduire sous les paupières des morts (parce que les yeux s’enfoncent vite, rapport à la déshydratation).

Cohésion

Aurélia Lüscher nous dit : allez, il est grand temps, avant de fermer les yeux pour toujours, de les ouvrir enfin sur la mort. Non pas comme concept ou comme angoisse, mais dans ce qu’elle a de plus concret – carotide, formol et contrats obsèques (après un stage dans une entreprise de pompes funèbres, la comédienne a bien failli faire de la thanatologie son métier). Très vite, évidemment, de la boue et des viscères surgiront des enjeux bien plus grands et des émotions

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