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Jeudi polar

«14 juillet» de Benjamin Dierstein : au cœur de la folie des hommes

L’auteur de romans noirs clôt sa trilogie sur la politique française des années 70-80, un incroyable western au rythme haletant.

Le 24 mai 1983, des affrontements ont lieu entre étudiants et policiers à Paris, alors que les premiers s'opposent à la réforme de l'enseignement supérieur. (Gérard Planchenault/Only France. AFP)
Par
Christine Ferniot
Publié le 15/01/2026 à 10h00

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Après Bleus, Blancs, Rouges puis l’Etendard sanglant est levé, tous deux parus en 2025 chez Flammarion, voici 14 juillet, le dernier tome de la trilogie signée Benjamin Dierstein. Le grand western sur la police, les services secrets et la politique française des années 70-80 s’achève en 1984, un 14 juillet, jour anniversaire de Jacquie Lienard qui fête ses 30 ans. La jeune inspectrice en a bavé depuis qu’elle est devenue fin limier de la cellule antiterroriste avec le commandant Prouteau et le capitaine Barril. Choisie par François Mitterrand, elle est entrée dans la fosse aux lions pour en ressortir deux ans plus tard, désabusée, sans illusions, multipliant les accidents, vomissant sa honte et ses compromissions. C’est elle, la grande héroïne de cet épisode qui pue la mort et les mensonges.

Entre Paris et Beyrouth, au milieu des scandales, de la corruption et des explosions, Benjamin Dierstein mène sa barque comme un chef, nous perdant sciemment du côté de la DST, du GIGN, de la DGSE, des anciens du FLN, des écoutes du DCRG, des parrains marseillais et de la CIA, entre autres. Parfois, le romancier arrête cette course folle, décrit un paysage, la métamorphose d’un visage, mais ce qu’il préfère, ce qu’il réussit le mieux, c’est l’évocation de la folie des hommes, leurs parcours tragiques, leurs obsessions, leurs tourments pathétiques.

Benjamin Dierstein n’a jamais caché que son maître s’appelle James Ellroy. Il lui emprunte son rythme hystérique qui harcèle le lecteur, le rend nerveux, sur ses gardes. Il joue avec les pulsations cardiaques dans une langue musicale, techno, usant et abusant de dialogues brutaux, ajoutant des onomatopées pour faire rire les amateurs de bande dessinée. Il touille habilement le vrai et le faux, l’histoire et la fiction. On s’extirpe de ces 2500 pages dans un drôle d’état, en se demandant où se trouve la sortie.

En fond sonore, Bernard Lavilliers et Nicoletta chantent Idées noires. Jean-Edern Hallier est sur Antenne 2 pour déballer les petits secrets du gouvernement. Les dossiers brûlants s’accumulent sur le bureau de Jacquie Lienard. Jean-Marie Le Pen passe à l’Heure de vérité. Gaston Defferre ne va pas bien, Mitterrand non plus. Et tout à l’heure, Jacquie finira par se rendre à la garden-party de l’Elysée, comme chaque 14 juillet, car il y a de la promotion dans l’air.

14 juillet de Benjamin Dierstein, Flammarion, 880 pp, 24,50 euros.

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