Certes, la date frappe moins immédiatement que 1515 ou 1789. Pourtant «1815» est une de ces dates charnières qui bouleversent l’ordre établi et modèlent pour longtemps les nouveaux équilibres. L’essai de l’historienne de l’art Bénédicte Savoy, 1815, le temps du retour, le prouve au fil d’une enquête précise et ample. Cette année-là, la chute définitive de l’Empire napoléonien met fin à près de vingt ans de guerres et de razzias par les armées révolutionnaires puis impériales. Car depuis 1794, les Français organisent un transfert massif de livres et d’œuvres d’art européens, de fonds d’archives et de collections de botanique, à Paris notamment et dans le lieu qui va devenir le symbole de la grandeur nationale : le musée du Louvre. «L’ampleur et les moyens logistiques mis au service de ces translocations patrimoniales sont immenses, sans doute comparables – technologies ferroviaires et automobiles en moins – à celles de la Seconde Guerre mondiale», décrit Bénédicte Savoy, spécialiste de la question des restitutions. A la chute de l’Empire, les Européens spoliés, en Allemagne, en Italie ou en Hollande, veulent retrouver leurs biens.
S’ensuivent alors des controverses entre artistes, diplomates et intellectuels qui vont donner naissance au «premier grand débat transnational de l’époque moderne sur le retour d’œuvres spoliées dans leur pays d’origine», note l’historienne. Bien avant, donc, les polémiques que nous connaissons aujourd’hui sur la restituti




