De jolies robes détruites peuvent être à l’origine d’un grand livre sur un pays disparu. En 1936, la romancière et journaliste britannique Rebecca West, piquée par une mouche des sables qui lui a refilé la dengue, est hospitalisée à Vienne après un premier voyage en Yougoslavie. Elle y donnait des conférences et à découvert, avec enthousiasme, les différentes cultures slaves des Balkans. De Macédoine, elle a rapporté des robes paysannes dont le médecin autrichien a exigé la désinfection. L’infirmière «les avait données à la blanchisserie qui les avait fait tremper. Le résultat, c’est qu’elles étaient ruinées. Les teintures fixées il y a vingt ans s’étaient dissoutes et avaient souillé le bon grain de l’étoffe ; les points de couture qui avaient formé un dessin net et austère ressemblaient maintenant à un infâme barbouillage. Même si j’avais pu retourner immédiatement en acheter de nouvelles, ce que dans ma faiblesse je voulais faire, je ne m’en serais pas moins reproché de n’avoir pas su protéger comme il fallait le travail de ces femmes qui aurait dû être préservé comme un témoignage, et qui faisait partie du secret que le roi avait emporté dans sa tombe.»
Le roi, c’est Alexandre Ier de Serbie, massacré en son palais avec son épouse Draga en 1903 par quelques officiers. Les corps furent jetés par la fenêtre. D’autres assassinats ont rythmé le pouls des Balkans, depuis celui de Sissi en 1898 à Genève jusqu’à celui d’Alexandre II en 1934 à Marseille, à quelqu




