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«Ainsi parle le mur»: Pascal Commère, mur et murmures au village

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Au chevet d’un ami qui fut pour lui un père et un frère, le narrateur se rappelle une enfance campagnarde.

Le garçon touche les pierres et des histoires surgissent. (Catherine Bibollet/akg-images)
Publié le 30/04/2022 à 4h27

En plein village, ce mur-là n’a pas d’oreilles, mais il parle. Pas à n’importe qui évidemment. Seul l’enfant solitaire, assis au bas, entend. Passe des ombres, au retour du travail: le bourrelier, le faucheur Petit Soleil, le tambourinaire Grand Joly, le joueur d’harmonica, une femme à vélo… Toute une vie campagnarde du vieux temps défile. Le garçon touche les pierres et les histoires surgissent. Le mur est jaune, du sable s’effrite, un lézard file d’un trou à l’autre.

En face du mur vit Yan. Le jeune homme est vénéré par le petit villageois, il est pour lui le grand frère et le père qu’il n’a plus. Yan a des biceps, il l’embarque à moto puis en «Deuche», l’emmène au cinéma, à la fête foraine, au café. Et cette dévotion, racontée à hauteur d’enfant, est bouleversante. Quand le roman s’ouvre, ce Yan lumineux n’est plus. Il est dans «sa nuit». Il repose sur un lit d’hôpital, visage abîmé et yeux d’aveugle. Il a eu un accident. La fourgonnette dans laquelle il était parti chercher du ciment, s’est encastrée dans un arbre. Le garçon devenu adulte et ici narrateur a eu connaissance du drame en tombant sur un entrefilet dans le journal. Il n’est plus au village. On comprend qu’il est écrivain, qu’il s’est éloigné. Mais la force des sentiments est toujours là: «Aux premiers mots sur l’accident – avant même de les lire, ces mots – j’ai su que c’était toi. / Je ne me souviens plus alors des minutes qui ont suivi, ni de ce à quoi j’ai pensé. Et si même j’ai pensé. A me

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