«On disait qu’une lampe de cristal, suspendue près du tombeau de Galeswinthe, le jour de ses funérailles, s’était détachée subitement sans que personne y portât la main, et qu’elle était tombée sur le pavé de marbre sans se briser et sans s’éteindre. On assurait, pour compléter le miracle, que les assistants avaient vu le marbre du pavé céder comme une matière molle, et la lampe s’y enfoncer à demi. De semblables récits peuvent nous faire sourire, nous qui les lisons dans de vieux livres écrits pour des hommes d’un autre âge ; mais, au VIe siècle, quand ces légendes passaient de bouche en bouche, comme l’expression vivante et poétique des sentiments et de la foi populaires, on devenait pensif et l’on pleurait en les entendant raconter.»
Ainsi finit le premier des sept Récits des temps mérovingiens d’Augustin Thierry. Cela vous rappelle quelque chose ? Bien vu. Lorsque dans Du côté de chez Swann Marcel Proust place, au cœur de Combray, une église dont la crypte recèle, dans une «nuit mérovingienne», «le tombeau de la petite-fille de Sigebert» et rapporte le miracle de la lampe qui s’enfonce dans la pierre sans se briser, c’est en effet une réminiscence de Thierry. Il y en a bien d’autres, cachées dans les pages d’A la recherche du temps perdu.
Aveugle à 33 ans
C’est qu’il fut un temps où Augustin Thierry était avidement lu et commenté. Chateaubriand faisait de lui le «Homère» de l’histoire. Marx l’érigeait en «père de




