Un jour de décembre, il y a dix ans, il est parti. Il a quitté le domicile familial après un dernier déjeuner. Il n’est plus revenu. «Tu reviendras nous voir», lui avait demandé sa mère, comme on jette une bouée à la mer. Dans les jours qui ont suivi, il a débranché son téléphone, avant de changer de numéro. Puis, il a écrit à ses parents pour leur dire en résumé : «Ça suffit.» Désormais, il préférait vivre loin d’eux, «se dérober». Il a déménagé dans un autre pays, un autre continent. Il a «placé un océan» entre eux, «élevé un mur inexpugnable. […] Ces dix années ont été les meilleures de [sa] vie».
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Voilà l’anniversaire. Il n’a rien de festif, rien de collectif. Ce départ était un renoncement, un refus, un détachement salutaire. Il est devenu l’expression d’une libération salvatrice, une belle échappatoire comme le raconte le narrateur dans un roman vif et sans concession, salué par le prix Strega, l’équivalent du Goncourt en Italie.
«Court-circuit insondable»
S’en aller donc, s’envoler et sans trouver tellement mieux. Le constat froid est formulé dès la page 13. Tout est dit d’emblée, avant d’entreprendre une minutieuse introspection familiale. Le récit radical, chirurgical même, d’Andrea Bajani est une radiographie impitoyable de l’improbable trio que le fils-narrateur forme avec sa mère et son père. Un exercice de quasi-dissection familiale après des années d’emprise, de soumission et de violence de la part d’un père narcissique et tout-puissant. «Dans un court-




