Menu
Libération
Election

L’écrivain Boualem Sansal élu dans un fauteuil à l’Académie française

L’institution installée quai de Conti a élu ce jeudi le successeur à l’historien Jean-Denis Bredin. Ancien détenu en Algérie, le Franco-Algérien de 81 ans était le plus notoire des candidats pour rejoindre Alain Finkielkraut, Dany Laferrière ou encore Amin Maalouf.

Boualem Sansal à la réception de la médaille de la Ville de Strasbourg, le 26 janvier. (ROMEO BOETZLE/AFP)
Publié le 29/01/2026 à 12h12, mis à jour le 29/01/2026 à 16h37

Des geôles algériennes aux fauteuils du quai de Conti. L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été élu ce jeudi pour remplacer Jean-Denis Bredin au fauteuil numéro 3 de l’Académie française, près de trois mois après avoir été libéré de prison en Algérie. 25 académiciens ont voté pour et un seul a voté blanc.

Aux côtés de Boualem Sansal, cinq candidatures, dont quelques-unes qui ont pu faire lever le sourcil : le poète blogueur Yves-Denis Delaporte, le spécialiste des sciences occultes Jean-Yves Gerlat (qui avait déjà candidaté à la succession de Valéry Giscard d’Estaing), le chanteur Eduardo Pisani, auteur de Je t’aime le lundi et qui s’est fixé pour objectif de battre le nombre de candidatures d’Emile Zola (25). Une autre candidature se détache, celle du perpétuel prétendant Olivier Mathieu, polémiste révisionniste franco-belge. Une dernière, en revanche, paraissait être de nature à être regardée sérieusement par l’Académie : celle de la journaliste littéraire bretonne Isaline Rémy.

Déjà honoré par l’Académie française

Boualem Sansal apparaissait donc comme le candidat avec la plus forte notoriété, candidat de dernière minute le 8 janvier après qu’un premier scrutin, le 11 décembre, n’avait pu permettre de dégager une majorité. Elu, Boualem Sansal rejoindra à 81 ans les 35 immortels (cinq sièges étant vacants). Parmi eux, figurent Amin Maalouf, Jean-Christophe Rufin, Sylviane Agacinski, Chantal Thomas ou Erik Orsenna.

L’écrivain franco-algérien en a eu un avant-goût le 4 décembre lorsqu’il a été honoré par l’Académie, qui lui a remis le prix mondial Cino del Duca trois semaines après sa libération le 12 novembre. «Je suis un peu euphorique parce que je goûte à la liberté, des petites choses. Je ne parle pas des grandes. Des petites choses. Des bons petits repas, des petits trucs. Vous n’imaginez pas comme les petites choses sont de grands plaisirs», a-t-il déclaré lundi en recevant à Strasbourg la médaille de la ville.

Tensions entre Paris et Alger

Connu pour ses positions anti-pouvoir algérien, il avait essuyé la colère d’Alger après une interview au média d’extrême droite Frontières, auprès de qui il avait remis en question les frontières entre l’Algérie et le Maroc. Cela avait conduit à son arrestation en novembre 2024 dans la capitale du pays et à sa condamnation pour «atteinte à l’unité nationale». Après des mois de mobilisation de tous bords en France, et grâce à l’intermédiation finale de l’Allemagne, dans un contexte de fortes tensions entre Paris et Alger, le président Tebboune finira par lui accorder une grâce. Dans une interview accordée à Libé à son retour en France, il reviendra sur son rapport avec l’extrême droite. S’il a refusé d’être proposé au prix Sakharov par Jordan Bardella, il estimait également que «sur certains points, on peut écouter le Rassemblement national [et que] sur d’autres, il est trop radical et pas prêt».

Ancien fonctionnaire, Boualem Sansal a publié une trentaine d’ouvrages depuis 1999. Il a déjà reçu les lauriers de l’Académie française en 2015 pour son roman 2084. La fin du monde, inspiré du chef-d’œuvre de George Orwell 1984. Il est également l’auteur de Rue Darwin, du Village de l’Allemand et de Vivre.

L’institution fondée en 1635 est critiquée par une nouvelle génération de linguistes pour sa «vision passéiste de la langue et une méthode de travail obsolète».

Mise à jour le 29 janvier à 16h43 avec l’élection de Boualem Sansal
Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique