«Je suis une idiote de t’aimer», I am a fool to want you : premier air chanté par Billie Holiday dans le dernier album sorti de son vivant, en 1958, Lady in Satin. C’est une chanson de Sinatra. L’artiste est accompagnée par l’orchestre de Ray Ellis. Sa voix de princesse ivrogne et bancale plane, oscille et vacille dans le sirop des cordes et d’un chœur d’accompagnement, comme un mouton noir dans une couette de plumes d’anges. Tout la révèle, tout la menace, tout l’enveloppe. L’écrivaine argentine Camila Sosa Villada, à l’entrée de la nouvelle titrée comme la chanson, comme son troisième livre, veut qu’on écoute le disque en boucle en la lisant – ce qu’en lecteur obéissant l’auteur de ces lignes a fait. L’obéissance peut être une vertu. C’est aussi une façon d’entrer en séduction.
Sainte de la Pampa
Ava et Maria sont deux coiffeuses mexicaines à New York, dans les années 1950. C’est Maria qui raconte leur histoire avec Billie Holiday. Elles sont trans comme celle qui les a imaginées. Camila Sosa Villada a 43 ans. Elle est sortie de la prostitution par le théâtre et elle est connue en son pays. On la voit à la télé. Ses apparitions intelligemment exotiques, destinées à déniaiser ou à désosser la binarité argentine, nous intéressent moins ici que sa qualité d’écrivaine. Elle a conté ces vies antérieures ou s’en est inspirée dans deux bons livres, les Vilaines et




