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«Pourquoi ça marche»

«Canoës», timbres et autres grains de voix

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Recueil de Maylis de Kerangal.

Maylis de Kerangal, chez elle à Paris, le 30 mars. (© Florence BROCHOIRE / SIGNATURES)
Publié le 29/05/2021 à 9h55

Le dernier Maylis de Kerangal s’apparente à un recueil de nouvelles. Chacune des pièces peut se lire en entité autonome. La première projette dans le cabinet d’une jeune dentiste pour une mâchoire coincée. La praticienne montre à la narratrice une mandibule humaine du mésolithique trouvée dans le XVe à Paris. «Devant cette mâchoire sans voix, je me suis demandé comment parlaient ces hommes et ces femmes, j’aurais voulu les entendre», se dit la patiente. Entendre les voix, se faire la voix, l’enregistrer, la tester, la pousser, constitue le fil rouge de ces huit récits commencés pour certains juste avant le premier confinement et le bandage des bouches. Loin d’être artificiels pour répondre à une contrainte donnée, ils forment une sorte de ronde dans laquelle on se laisse emporter. Canoës surfe en tête des ventes, le nom de Maylis de Kerangal parle fort aux lecteurs depuis Réparer les vivants (2014). On y retrouve sa belle patte et une profonde subtilité.

1. Est-ce toujours la même voix?

Chaque histoire se lit à la première personne. Hormis le sujet de la voix humaine, quel pourrait être le lien entre cette scénariste aux douleurs mandibulaires, la jeune femme qui rejoint son compagnon dans le Colorado, ce père qui refuse d’effacer depuis cinq ans le message de sa femme sur son répondeur, la toute nouvelle bachelière qui fête son diplôme dans un champ avec ses amis ? Etrangement, on y sent le même filet vocal, la même présence humaine. On se demande même si, en intervertissant l’ordre des

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