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Carole Bijou est morte début novembre. La poétesse, publiée chez LansKine et dans différentes anthologies et revues ces dernières années, n’avait que 38 ans. C’est jeune, trop jeune. Elle laisse derrière elle une œuvre remarquée. En poésie d’abord avec Ventres, paru en 2022 et Blocs d’amour, en 2024 ; mais aussi photographique bien que l’autrice née à Rochefort et professeure de français ne revendiquait pas le titre de photographe. Son engagement dans le champ poétique s’est aussi manifesté par l’animation d’ateliers d’écriture et la production de l’émission La poésie débouche pendant quatre ans (2016-2020) sur Radio Canut, à Lyon.
De quoi lui valoir la profonde reconnaissance de ses pairs et une pluie d’hommage, par exemple de la maison de la poésie de Niort, dont elle était membre. Beaucoup d’amour aussi, à l’instar de celui qui déborde de ses poèmes.
Car la poésie de Carole Bijou est un roc de douceur, un bonbon réconfortant ou un rayon de soleil en hiver, toutes ces choses qui font un bien fou à les vivre – ou seulement les imaginer. Ses vers extraits de Blocs d’amour parlent pour eux-mêmes. Exemples : «j’ai mis mon doigt / dans / nos bouches / et le tien / et j’ai su que nous / vivions» ou encore «il me semble parfois que les vagues nous disent de voir, de voir – de voir comme elles sont des vagues. des vagues qui sont là.»
Carole Bijou était une poétesse de l’extime, entendez par là de l’intimité dévoilée. Elle parlait de désir d’enfant, de désir tout court, de sexualité, de choses aussi banales – et superbes – qu’une tasse de café laissée le matin chez l’être aimé encore couché. Une poésie de l’Eros, faite aussi de joies simples dans une langue accessible qui se suffit à elle-même, comme cet instantané pris à Ventres : «rire / à l’aube / quand tout se lève / et ne plus avoir peur / sauter de son lit / et que chaque jour / soit fête / et que chaque jour / soit». A prendre aux mots.
Blocs d’amour, Carole Bijou, éd. LansKine, pp. 88, 15 euros.
L’extrait
ces mains sont-elles celles de mes quinze vingt trente-cinq
cinquante
ans
ces mains dans le silence
posées sur le drap
recouvertes de soleil
cette main ressemble à l’une des miennes
ouverte
délassée
je peux respirer son parfum
je peux sentir sa joie
je voie ses plis ses veines sa couleur ses grains de beauté
sans en connaître les avenirs
la main qui m’accompagne
ici et maintenant
je la pose sur mon sein
pléthore de désirs vissés
dans les paumes




