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Lundi poésie

Carole Bijou n’est plus, c’était la douceur

Hommage à la poétesse disparue prématurément en novembre, autrice de deux recueils débordés par la joie, le désir et l’amour.

Carole Bijou a publié «Ventres» et «Blocs d’amour» en 2024 aux éditions Lanskine. (DR)
Publié le 22/12/2025 à 11h41

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Carole Bijou est morte début novembre. La poétesse, publiée chez LansKine et dans différentes anthologies et revues ces dernières années, n’avait que 38 ans. C’est jeune, trop jeune. Elle laisse derrière elle une œuvre remarquée. En poésie d’abord avec Ventres, paru en 2022 et Blocs d’amour, en 2024 ; mais aussi photographique bien que l’autrice née à Rochefort et professeure de français ne revendiquait pas le titre de photographe. Son engagement dans le champ poétique s’est aussi manifesté par l’animation d’ateliers d’écriture et la production de l’émission La poésie débouche pendant quatre ans (2016-2020) sur Radio Canut, à Lyon.

De quoi lui valoir la profonde reconnaissance de ses pairs et une pluie d’hommage, par exemple de la maison de la poésie de Niort, dont elle était membre. Beaucoup d’amour aussi, à l’instar de celui qui déborde de ses poèmes.

Car la poésie de Carole Bijou est un roc de douceur, un bonbon réconfortant ou un rayon de soleil en hiver, toutes ces choses qui font un bien fou à les vivre – ou seulement les imaginer. Ses vers extraits de Blocs d’amour parlent pour eux-mêmes. Exemples : «j’ai mis mon doigt / dans / nos bouches / et le tien / et j’ai su que nous / vivions» ou encore «il me semble parfois que les vagues nous disent de voir, de voir de voir comme elles sont des vagues. des vagues qui sont là.»

Carole Bijou était une poétesse de l’extime, entendez par là de l’intimité dévoilée. Elle parlait de désir d’enfant, de désir tout court, de sexualité, de choses aussi banales – et superbes – qu’une tasse de café laissée le matin chez l’être aimé encore couché. Une poésie de l’Eros, faite aussi de joies simples dans une langue accessible qui se suffit à elle-même, comme cet instantané pris à Ventres : «rire / à l’aube / quand tout se lève / et ne plus avoir peur / sauter de son lit / et que chaque jour / soit fête / et que chaque jour / soit». A prendre aux mots.

Blocs d’amour, Carole Bijou, éd. LansKine, pp. 88, 15 euros.

L’extrait

ces mains sont-elles celles de mes quinze vingt trente-cinq

cinquante

ans

ces mains dans le silence

posées sur le drap

recouvertes de soleil

cette main ressemble à l’une des miennes

ouverte

délassée

je peux respirer son parfum

je peux sentir sa joie

je voie ses plis ses veines sa couleur ses grains de beauté

sans en connaître les avenirs

la main qui m’accompagne

ici et maintenant

je la pose sur mon sein

pléthore de désirs vissés

dans les paumes

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