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Libération

«Chansons pour l’incendie», musique dans l’Hadès

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Neuf nouvelles du Colombien Juan Gabriel Vásquez.

Juan Gabriel Vásquez en 2017. (Leonardo Cendamo/Leemage)
Publié le 04/04/2021 à 10h15

Comment raconter la violence d’un pays – la Colombie – sans noyer son récit dans le miroir qu’elle tend ? Par un déploiement quasi proustien de l’épaisseur, des détours, de l’ambiguïté et de la trahison propre aux souvenirs qui en naissent : «Quand elle requiert notre attention, écrit Juan Gabriel Vásquez, la mémoire a souvent recours à la distorsion et au mensonge.» On lit ses neuf nouvelles comme un enfant ouvre de lourds rideaux de velours, pleins de pli, derrière lesquels se cache une lumière particulière : celle du mal.

Dans «Aéroport», le narrateur est un jeune écrivain étranger vivant à Paris, qui ressemble à l’auteur. Il est engagé comme figurant dans un film de Roman Polanski, la Neuvième Porte. La scène, tournée à l’aéroport Charles-de-Gaulle, est censée se passer à l’aéroport de Madrid, où débarque Johnny Depp, en route vers l’enfer. Le narrateur doit passer dans le champ entre la star et la caméra, comme un passager allant du point A au point B. La scène est tournée sept fois, le metteur en scène n’étant jamais satisfait : «J’essayais d’imaginer ce que ressentait Polanski dans cet espace où le mal était rigoureusement maîtrisé, comme l’explosion d’une valise suspecte par un commando antiterroriste. M’efforçant de me mettre à sa place, j’ai rassemblé toute l’empathie dont j’étais capable, en vain. Dans cet aéroport français transformé en aéroport espagnol, je me rendais compte de la distance colossale qui me séparait de l’homme placé derrièr

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