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Disparition

Coup de blues, James Sallis s’en est allé

L’auteur américain de romans noirs, connu pour le célèbre «Drive», adapté au cinéma avec Ryan Gosling et Carey Mulligan, est mort en Arizona à 81 ans.

James Sallis, en mai 2013 à Saint-Malo, en France. (Ulf Andersen/Getty Images)
Par
Christine Ferniot
Publié le 04/02/2026 à 21h21

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Grand amateur de littérature française, traducteur de Raymond Queneau, l’américain James Sallis venait régulièrement en France pour la sortie de ses livres et c’était un plaisir de discuter avec lui de poésie et de musique. Il aimait aussi la science-fiction, se révélait un fin connaisseur de jazz et avait signé des centaines de nouvelles mais aussi une remarquable biographie de Chester Himes (Chester Himes : une vie, paru chez Rivages en 2002) dont il admirait l’œuvre. Il est mort le 27 janvier, à Phoenix en Arizona, à 81 ans.

Le succès international de Drive en 2005 et son adaptation cinématographique par Nicolas Winding Refn en 2011, avec Ryan Gosling et Carey Mulligan, ne doivent pas faire oublier sa série policière avec son héros Lew Griffin, détective noir de La Nouvelle-Orléans. Comme son auteur, Griffin lit des romans français, montre une certaine tendance à la nostalgie, ne supporte pas l’injustice. Papillon de nuit, le Frelon noir ou Bête à bon Dieu (parus en série noire) développent une atmosphère crépusculaire, où le lecteur suit le détective dans les rues sombres, les bars de nuit où chantent les vieux bluesmen.

Une part au hasard

Sa seconde série avec John Turner, ancien flic de Memphis, creuse une autre veine, plus sociale, avec un antihéros, sorti de prison et installé comme thérapeute dans un patelin trop tranquille. Mais James Sallis réussit également à séduire les lecteurs avec des romans noirs bouleversants comme Willnot (paru chez Rivages en 2019), œuvre à l’écriture osseuse, sur une communauté apparemment paisible dans une petite ville américaine, autour d’un médecin et de ses patients. Destins fragiles, faux silences, intrigues entrelacées, tout semble écrit sur le fil.

Autre chef-d’œuvre, le Tueur se meurt (paru chez Rivages en 2013 et récompensé par le Grand Prix de littérature policière) est une fiction noire et labyrinthique où se croisent un tueur à gages, un flic au bout du rouleau, un enfant d’une dizaine d’années et s’il y a un crime, l’essentiel est dans l’accompagnement de ces trois personnages, leur mal-être et leur dégoût du monde réel.

Quand il expliquait son travail d’écriture et de construction, James Sallis semblait offrir une part au hasard, à l’envie de laisser un personnage n’en faire qu’à sa tête, de l’observer dans ses actions et ses erreurs. Souvent, il commençait par écrire une nouvelle qui se transformait en roman, sur un air de blues.

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