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Derek Jarman, l’Age de floraison

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Parution, plus de trente ans après sa mort, du journal du réalisateur, parti s’installer en 1987 à la campagne pour y cultiver ses plantes après avoir appris sa séropositivité.

Derek Jarman dans son jardin. (Howard Sooley)
Publié le 10/12/2025 à 18h15

Un toit, une porte, deux fenêtres. De face, c’est une maison telle que les dessinent les enfants, simple, pas trop grande, noir charbon avec des huisseries jaunes. Une cabane de pêcheur proche de la mer, tournée vers le soleil levant, avec «l’horizon pour unique frontière», dont le réalisateur Derek Jarman avait fait le centre de son monde après en être tombé amoureux lors d’une promenade sur la péninsule de Dungeness, dans le Kent. Il en fit l’acquisition sur un coup de tête début 1987 contre 32 000 livres, avec l’héritage de son père, et, très vite, entreprit d’y créer un jardin aux mille nuances, sauvage, frivole, terrain d’expérience un peu à l’image de son cinéma queer et lettré. Quelques semaines plus tôt, en décembre 1986, Jarman avait appris sa séropositivité. La «bicoque» avait la particularité d’être située au pied d’une centrale nucléaire, «grand paquebot amarré au firmament, ardent de lumière : blanc, jaune, rubis». A une journaliste venue l’interviewer et s’étonnant de la menace permanente, il répondit : «Au moins, moi, je la vois, la centrale.»

Erotisé par les recoins et les feuillages

Né en 1942 à Northwood, dans le nord-ouest de Londres, Derek Jarman avait le sens de la répartie et le goût de la métaphore. Avec sans doute un brin d’humour anglais, à une époque où l’infection au VIH équivalait peu ou prou à une sentence de mort, il nomma sa propriété Prospect Cottage («prospect» pour la perspective, l’avenir). Il y vécut jusqu’à sa mort, en 1994, à l’âge de 52 ans. Pendant c

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