Deux courts poèmes en prose par page – quatre par double – d’une longueur à peu près égale, déployant quelques motifs à travers des phrases qui ne finissent jamais où on les attend et un vocabulaire réduit. Le dernier livre de Dominique Quélen est en soi un miroir du parcours de l’auteur : Matière est, comme lui, obsessionnel et régulier. A travers ses huit sections, le livre ne cesse de nous ramener aux mêmes images – une fratrie dans l’enfance, le flux de l’eau, un vélo qu’on ne sait pas très bien conduire, un corps bancal, un chien agressif – comme s’il s’agissait pour cette poésie de se débattre pour les faire exister, malgré la «matière» informe dans laquelle elles seraient engluées. «Tout ce qui existe ici est dirigé contre soi dans un état ancien que le contact avec la couche intérieure du corps rend difficile à cerner.» Mais le centre véritable du livre est une absence, celle du frère mort, pivot négatif autour duquel tourne tout l’appareil du recueil.
«A larges coups de pinceau huileux»
Dominique Quélen, 63 ans et presque trois dizaines de livres publiés, mène le tout avec un art consommé de la déroute. Il faut citer un poème entier pour faire entendre le mélange d’étrangeté, de surprise mais aus




