Romans
Antoine Sénanque, Adieu Kolyma
Grasset, 400 pp., 23 €.
C’est un portrait de femme hors norme que propose Antoine Sénanque, celui de Sylla Bach, la «tueuse de chiennes» comme on l’appelait au goulag de la Kolyma, en Sibérie. Cette guerrière de 42 ans, peau tendue, muscles fermes, pommettes hautes de «khazar du Caucase» a adopté le nom de Bach car seule la musique l’a aidée à survivre aux règlements de compte, à la famine, au froid et aux coups. La musique qu’elle jouait dans sa tête avec une vieille planche de bois, mais aussi la violence : elle a tué sans ciller des dizaines, peut-être même des centaines de personnes durant ses neuf années de détention. Ses donneurs d’ordres, les frères Vadas, chefs des gangs transylvaniens devenus maîtres des mines d’or de la région, ont fini par s’entre-déchirer, la forçant à les fuir. Mais on ne renie pas les frères Vadas impunément, ils savent qu’elle a un point faible, Kassia, qu’elle a sauvée des camps de la mort. En cette année 1956, Sylla rode dans les ruines de Budapest, protégeant de loin la femme qu’elle sait menacée car s’en prendre à Kassia c’est se venger de Sylla. «Ce sont toujours les chiennes qui gagnent, Sylla, lui dit un jour Pal Vadas. Ceux qui collaborent, qui protègent leurs intérêts, leurs privilèges… aujourd’hui, tous les truands qui durent, dialoguent avec l’Etat», écrit Senanque dans ce magnifique et très sombre roman. A.S.
Raphaël Sigal, Géographie de l’oubli
Robert Laffont, 144 pp., 17 €.
L’auteur est originaire d’une famille juive d’Europe de l’Est où le silence règne. Comment écrire les non-dits et




